Nul n’est censé ignorer la loi. Toutefois, tout comme Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, il n’est pas impossible que vous soyez mouillé dans une sombre affaire de streaming frauduleux, sans pour autant avoir pris sciemment la décision d’enfreindre la moindre règle. Spotify pourrait très bien vous tomber dessus, sans prévenir. Même si vous êtes innocent, vous serez sanctionné.
J’ai identifié 4 scénarios possibles, en playlist ou hors-playlist, qui finissent tous de la même manière (mal pour vous).
1. La fausse promotion

Les prestation de promo-marketing efficaces, rapides et pas chères, ça n’existe pas. Les campagnes de promotion factices pullulent sur les réseaux sociaux. Résistez ! Ces types de services (comme Groover ou d’autres plateformes similaires) promettent souvent un grand nombre d’écoutes rapides, mais il s’agit la plupart du temps d’activités de bots, donc illicites. C’était ce qui avait occasionné la première amende infligée à The Queen Is Dead Records. Quoi qu’il arrive, ne payez jamais pour avoir votre musique dans des playlists.
2. Les playlists contaminées

Pas forcément besoin d’une structure pour un placement en playlist. Qu’elle soit animée de bonnes ou de mauvaises intentions, la personne (peut-être vous-même ?) qui place dans une playlist contaminée par des bots un de vos morceaux le condamne à être repéré par Spotify. La réciproque est également à considérer : une personne malveillante pourrait même aller jusqu’à orienter des bots vers une playlist où se trouve un de vos morceaux.
3. Le fan trop zélé

Même en dehors des playlists, votre musique reste vulnérable. Une écoute isolée intensive d’un admirateur secret monomaniaque (ou de votre pire ennemi) peut vous causer du tort si cet utilisateur de Spotify fait tourner vos morceaux en boucle, jour et nuit, afin de faire grimper vos streams. La concentration géographique du flux attire forcément l’attention de l’algorithme de Spotify. Certaines écoutes massives mais sincères ont été interprétées comme une fraude à cause d’un pic brutal.
4. Le complot algorithmique

Aucun fan ? Aucun ennemi ? Aucun placement en playlist ? Aucun accord pour une campagne de promotion ? La dernière piste qu’il resterait, c’est tout simplement une « attaque sous faux drapeau ». Simple hypothèse : Spotify pourrait s’en prendre à vous avec sa propre armée de bots pour gonfler les chiffres et justifier ses sanctions. On l’a vu dans le dernier article du blog, Spotify ment, triche, et vole déjà les petits artistes (qui n’atteignent pas les 1000 streams par an). Serions-nous vraiment surpris ?
5. Quelles conséquences ?

M’appuyant sur une base d’une dizaine de cas observés depuis un an, j’ai pu découvrir sur le terrain les pratiques de Spotify en matière de sanctions. Tant que le flux d’écoute ne dépasse pas 1000 streams sur un même jour, il n’y a pas de risque immédiat. Attention si c’est récurrent. En revanche, dès que l’on franchit la barre des 2000 streams, j’ai constaté que les amendes tombaient systématiquement.
Spotify applique une amende de 10 € par titre concerné, avec annulation des gains générés par les streams. Souvent, cette sanction est accompagnée du retrait de la sortie. En cas de détections de multiples fraudes, Spotify peut retirer la sortie, voire supprimer un artiste avec toute sa discographie. Ces actions punitives de Spotify sont pratiquement impossibles à esquiver (pour le moment).
6. Quelles solutions ?

Si vous connaissez la playlist qui serait la cause de tous vos malheurs, vous pouvez la signaler ici dans l’espoir de peut-être faire rétropédaler Spotify et annuler l’amende.
The Queen Is Dead Records avance le paiement de l’amende d’abord avant d’en discuter avec l’artiste. Si l’artiste accepte le règlement de l’amende, je m’engage à renvoyer la sortie, si celle-ci a été retirée par Spotify, sans surcoût. Le morceau incriminé devra alors bénéficier d’un nouveau code ISRC, pour éviter que le « red flag » de Spotify ne se réactive. Les statistiques seraient remises à zéro, mais le titre redeviendrait disponible.
Si l’artiste refuse le paiement de l’amende, The Queen Is Dead Records se réserve le droit de ne plus travailler avec lui. Si l’artiste refuse de régulariser une deuxième amende, The Queen Is Dead Records se réserve le droit de retirer sa musique des plateformes de streaming, afin de ne plus générer de nouvelles amendes (c’est logique).
Vous n’avez pas encore été touché ? Vous avez de la chance. Mais ça n’arrive pas qu’aux autres. Voici quelques extraits de mails d’artistes touchés par la détection de Spotify : « C’est hyper difficile de contacter Groover, je suis toujours en attente. On arrive seulement sur un chat d’IA qui n’apporte pas de réponses. Du coup, c’est tout une histoire, je dois me repencher sur tous les partages qui ont été faits, et me replonger dans tous les retours Groover qui pour certains ont été douloureux et injustes. »
« En tout cas ça m’étonne, car je n’ai pas fait de campagne groover, et je n’ai pas cherché non plus à être placée en playlist… »
« J’ai regardé et c’est frauduleux : ce n’est ni un service que j’ai payé, ni un admirateur. Le lendemain j’ai voulu regarder le compte qui avait fait ça et il n’existait déjà plus, Spotify a dû le supprimer. Comment se prémunir de ceci ? »
Et si le plus simple n’était pas tout simplement d’éviter Spotify ?
L.A.
1 réflexion au sujet de “Fraude au streaming sur Spotify : bientôt votre tour.”