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Distribution digitale : ce que vous payez vraiment, et ce que vous pouvez attendre d’un distributeur

Le premier critère dans le choix d’un distributeur digital, c’est souvent d’abord le prix. Logique, c’est surtout la donnée la plus facile à comparer. Un chiffre. Pourtant, derrière l’étiquette du prix, tous les distributeurs digitaux ne vendent pas exactement la même chose.
Que paie-t-on réellement ? L’acheminement vers les plateformes, un accompagnement, du support technique, des outils… ou parfois simplement le droit de rester en ligne tant qu’on continue de payer ?
Abonnement, paiement unique, commission : derrière ces différents modes de facturation se cachent des logiques très différentes. Et comme souvent, le moins cher n‘est pas toujours le moins cher.



1. Le modèle par abonnement : cohérent, mais imparfait

L’abonnement mensuel (ou annuel) repose sur une logique économique assez simple : un service continu appelle un financement continu. Il apporte au distributeur des revenus réguliers pour financer ses outils, son infrastructure, son support et les échanges avec les plateformes.

Avantages

• Avantageux en volume : lorsque les sorties sont nombreuses ou illimitées, le coût par projet peut devenir très faible.
• Prévisible : le budget annuel est connu à l’avance.
• Continu : le catalogue reste (théoriquement) distribué tant que l’abonnement reste actif.
• Pratique : pour un artiste qui publie beaucoup, il évite de ressortir la carte bancaire à chaque single.

Limites

• Récurrent : on ne paie pas seulement pour publier de nouveaux morceaux, mais aussi parfois pour maintenir les anciens en ligne.
• Cumulatif : 20, 30 ou 50 € par an, c’est peu, mais sur dix ou vingt ans, le calcul commence à faire réfléchir.
• Peu adapté aux « catalogues dormants » : lorsqu’un artiste publie rarement et génère peu de revenus, l’abonnement peut finir par coûter davantage que la musique ne rapporte.
• Dépendant du renouvellement : chez certains distributeurs, arrêter de payer peut encore entraîner le retrait des sorties.

Pour un artiste très actif, le modèle est très efficace. Pour celui qui sort un album tous les cinq ans et passe les quatre années suivantes à se demander s’il en fera un autre, un peu moins.



2. « Payer ou disparaître » : d’autres modèles émergent

Pendant longtemps, beaucoup d’abonnements reposaient sur une mécanique purement pragmatique et assez brutale : vous arrêtez de payer, votre musique disparaît.

Cette logique existe toujours, mais elle n’est plus systématique. Certains distributeurs proposent désormais des modèles hybrides : les sorties restent en ligne après l’arrêt de l’abonnement, parfois en échange d’une commission sur les revenus futurs. Chez LANDR, par exemple, les sorties restent disponibles après résiliation, mais le distributeur prélève alors 15 % des royalties.
Amuse fonctionne sur une logique comparable : après résiliation, les sorties restent en ligne, avec une commission de 25 % sur les royalties.
D’autres ont choisi une troisième voie. Chez DistroKid, l’arrêt de l’abonnement entraîne normalement le retrait des sorties, mais une option payée séparément pour chaque sortie, Leave a Legacy, permet de la maintenir sur les plateformes après résiliation.
Ces différences posent une question assez intéressante : qu’est-ce que l’abonnement est exactement censé financer une fois que la musique est déjà distribuée ?

Lorsqu’un artiste continue de publier, utilise les outils du distributeur, modifie son catalogue ou sollicite son support, la réponse est assez évidente : il utilise toujours activement un service. Mais une discographie peut aussi rester parfaitement immobile pendant cinq, dix ou vingt ans. L’artiste peut ralentir son activité, arrêter de sortir des disques ou simplement n’avoir absolument rien à modifier. C’est là que la distinction devient plus nette : la vie d’un abonnement et la vie d’une œuvre musicale ne suivent pas nécessairement le même calendrier.

Les nouveaux modèles hybrides finissent donc par dissocier deux choses qui auraient très bien pu l’être depuis le début : payer pour utiliser activement un service et payer simplement pour que des morceaux déjà distribués continuent d’exister. On trouve désormais plusieurs réponses à cette question : retrait lorsque l’abonnement s’arrête, maintien contre une commission future, ou paiement spécifique permettant de détacher une sortie du renouvellement annuel. Ce ne sont pas seulement des tarifs différents. Ce sont plusieurs façons de traiter économiquement le maintien d’une sortie après la fin de l’abonnement.



3. Prix bas, volumes massifs : jusqu’où peut aller l’accompagnement ?

Une autre question se pose avec les modèles proposant des sorties nombreuses ou illimitées pour des tarifs extrêmement bas : combien de temps humain peut-on réellement consacrer à chaque artiste lorsque le volume de musique à gérer devient gigantesque ?
À grande échelle, ces modèles reposent largement (nécessairement, dirais-je même) sur l’automatisation et la standardisation. Vous êtes traités avec les autres, comme les autres. Ce n’est pas un défaut en soi : certains artistes veulent simplement envoyer leurs fichiers aux plateformes rapidement et à moindre coût, sans accompagnement particulier. Pour eux, le système peut parfaitement faire son travail.

Les limites apparaissent surtout lorsqu’un problème survient. En théorie, l’artiste ne devrait pas avoir à comprendre seul ce qui s’est passé : il subit simplement une sortie refusée, un retrait, une sanction ou une anomalie. C’est alors au distributeur d’expliquer clairement la situation, d’indiquer ce qui a déclenché le problème lorsqu’il dispose de cette information, et de préciser les solutions possibles. Or ces explications ne sont pas toujours très claires, très précises, ni même toujours réellement transparentes.
Des réponses standardisées, très techniques ou peu explicatives peuvent alors devenir franchement frustrantes. On en trouve à la pelle sur Reddit (un véritable « bureau des pleurs ») : des musiciens y racontent régulièrement une sortie refusée, un catalogue retiré ou un compte sanctionné sans parvenir à comprendre précisément ce qui a déclenché la décision.

Ces témoignages ne permettent évidemment pas de déterminer si les décisions étaient justifiées ou non. Ils illustrent en revanche très bien le problème qui m’intéresse ici : la difficulté, pour l’artiste, à comprendre précisément ce qui s’est passé et ce qu’il peut faire ensuite.

C’est aussi une limite économique assez simple : plus les prix baissent et plus les volumes augmentent, et moins il reste de marge pour consacrer beaucoup de temps humain à chaque dossier particulier. Ce n’est pas nécessairement un mauvais modèle. Il faut simplement savoir ce que l’on achète, et ce que l’on n’achète pas.



4. Quand les modèles changent en cours de route

Une offre très attractive aujourd’hui ne l’est pas forcément pour l’éternité. Tarifs, conditions d’accès, périmètre du service : tout cela peut évoluer lorsque le modèle économique atteint ses limites.

Spinnup en a donné un exemple assez spectaculaire en 2022. Le distributeur d’Universal est passé d’un service DIY ouvert à tous à une plateforme sur invitation, annonçant réduire le nombre d’artistes accueillis. Ceux qui n’étaient pas conservés ont dû transférer leur catalogue vers un autre distributeur pour que leur musique ne disparaisse pas des plateformes de streaming.

Believe suit une logique comparable de « recentrage » : après avoir longtemps mis l’accent sur la démocratisation de l’accès à la distribution, le groupe revendique désormais une stratégie davantage tournée vers le développement des artistes à fort potentiel. En 2026, Believe explique lui-même que « la valeur se situe au sommet » et que cette partie du marché permet d’investir davantage, de facturer plus et d’améliorer les marges.

UnitedMasters fournit un autre exemple assez éloquent. En 2025, le distributeur a supprimé la distribution de son offre gratuite DEBUT et programmé le retrait des sorties concernées, en expliquant vouloir concentrer ses efforts sur les outils destinés à ses formules payantes. Les artistes qui souhaitaient conserver leur distribution devaient donc passer à un abonnement DEBUT+ ou SELECT.

Comme une comète à travers le ciel : c’était beau, c’était bref.

Il n’y a rien de mystérieux là-dedans : lorsqu’un service accueille énormément de petits clients (qui ne paient pas beaucoup) ou de petits artistes (dont les catalogues sont peu rentables), il peut être amené à arbitrer entre volume, coût de gestion, niveau de service et rentabilité. Spinnup, Believe et UnitedMasters ne l’ont pas fait exactement de la même manière, mais la logique économique se ressemble : les ressources finissent par se concentrer davantage là où se trouve la valeur. Et lorsque ces recentrages arrivent, les petits clients sont assez logiquement les premiers exposés. Rien n’est plus ironique qu’un modèle ouvert à tous qui finit par se refermer sur ceux qui rapportent le moins.



5. Le paiement unique : séduisant, mais souvent mal compris

Le paiement unique est attractif pour une raison assez évidente : on paie une fois, puis on passe à autre chose. Pas d’échéance annuelle, pas de rappel de carte bancaire expirée, pas de petit suspense administratif autour de la survie d’un vieux single sorti en 2017.
Il existe cependant plusieurs variantes : paiement par sortie, forfait global, parfois formule dite « à vie ». Le principe reste le même : concentrer le coût au moment de la distribution plutôt que l’étaler dans le temps.

Avantages

• Lisible : le coût est connu dès le départ.
• Sans récurrence : pas de frais annuels simplement pour maintenir la sortie.
• Adapté aux sorties espacées : particulièrement cohérent pour les artistes qui publient peu.
• Psychologiquement plus léger : une fois la sortie payée, elle ne revient pas réclamer son loyer chaque année.

Limites

• Moins avantageux en volume : pour quelqu’un qui sort dix ou vingt titres par an, l’addition peut vite dépasser celle d’un abonnement illimité.
• Pas forcément sans commission : paiement unique et commission peuvent parfaitement coexister.
• Pas synonyme de service éternel : payer une fois ne signifie pas acheter un support humain illimité pour les trente prochaines années.
• Pas de garantie magique : bugs, changements de règles, fermetures de partenaires ou problèmes de plateformes restent possibles.

Le principal malentendu tient souvent dans cette phrase : « J’ai payé une fois, donc tout est acquis pour toujours ». En réalité, le paiement unique signifie surtout que le distributeur ne vous refacture pas chaque année la présence de cette sortie, selon les conditions prévues par son offre. Cela ne fige pas pour autant tout l’écosystème autour. Payer une fois évite une échéance récurrente, mais n’achète pas l’immobilité du monde numérique.



6. Un monde en transformation

Cet écosystème, justement, change en permanence.

Les plateformes peuvent modifier leurs règles, imposer de nouvelles exigences de métadonnées, retirer certains contenus, fermer des services ou changer leurs méthodes de traitement. Le distributeur lui-même peut changer de partenaire technique, migrer un catalogue, faire évoluer ses outils ou cesser une activité.

Ces changements peuvent toucher des musiques parfaitement acceptées jusque-là. Meta, par exemple, peut considérer certaines catégories de contenus comme non éligibles à Facebook et Instagram : musique de méditation ou de sommeil, fonds sonores, sons ambiants, boucles, sons similaires, etc. Le vocabulaire officiel parle notamment d’audio pas assez « distinct », mais il s’agit bien d’un choix de la part de la plateforme, pas d’une mesure objective de la valeur ou de l’originalité d’une œuvre.
J’avais déjà développé le sujet dans cet article consacré aux retraits parfois assez arbitraires chez Meta. On peut notamment se demander si certaines musiques très contemplatives ou fonctionnelles correspondent simplement moins bien à l’usage que Meta veut faire de sa bibliothèque musicale pour les Reels et les Stories.

La même chose pourrait très bien arriver demain avec d’autres catégories. La musique générée par IA est aujourd’hui distribuable, sous certaines conditions, sur plusieurs grandes plateformes. DistroKid l’accepte explicitement, Spotify prend désormais en charge des crédits IA, tandis que Deezer détecte et étiquette déjà ces contenus. Rien ne garantit pourtant que les règles seront identiques dans cinq ans, ou même l’an prochain !

Une plateforme ou un distributeur peut décider de modifier ses règles, et une sortie parfaitement admissible aujourd’hui peut devenir indésirable demain. Aucun mode de paiement ne peut figer les règles du jeu : ce qui est distribuable aujourd’hui ne le sera pas nécessairement pour toujours.



7. La commission : un partage plutôt qu’un prix

La commission fonctionne selon une logique assez différente : le distributeur ne facture pas nécessairement une somme fixe, il prend une part des revenus générés par la musique. Elle peut accompagner un abonnement, un paiement unique, ou constituer l’essentiel de la rémunération du distributeur. Ce n’est donc pas vraiment un « prix » au sens classique, mais plutôt un accord de partage : si la musique ne rapporte rien, 10 % de 0 reste 0 ; si elle fonctionne très bien, la rémunération du distributeur augmente avec elle. La commission a quelque chose d’assez souple : le paiement suit directement les revenus réels du catalogue.

Avantages

• Accessible : lorsque la commission remplace tout ou une partie des frais fixes, le coût initial peut être très faible, voire nul.
• Proportionnel : si la musique rapporte peu, la commission reste faible.
• Partiellement aligné : le distributeur gagne davantage lorsque l’artiste gagne davantage.
• Moins risqué au départ : lorsqu’elle se substitue à un coût fixe, une partie du paiement n’existe que si la musique génère effectivement des revenus.

Limites

• Variable : impossible de connaître à l’avance le montant total qui reviendra au distributeur
• Potentiellement élevé : une petite commission peut représenter beaucoup d’argent si le catalogue fonctionne bien sur la durée.
• Facile à sous-estimer : 10 % paraît souvent moins impressionnant que 30 € affichés sur une page de tarifs, jusqu’au jour où les revenus commencent réellement à monter.

Cette proportionnalité peut aussi influencer les priorités : plus un catalogue génère de revenus, plus il représente directement de valeur économique pour le distributeur.



8. Le rythme de publication comme premier arbitre, mais pas le seul

Au fond, le choix entre abonnement et paiement à la sortie dépend surtout de quelques questions très concrètes : combien de musique sortez-vous réellement, combien de temps voulez-vous la maintenir en ligne, et combien rapporte-t-elle ?

• Sorties rares ou occasionnelles
Un album tous les cinq ans, un single de temps en temps, un projet qui avance quand il a quelque chose à dire.
Le paiement à la sortie est souvent le plus cohérent : on paie lorsqu’un projet existe réellement, et non pendant les années où il ne se passe rien.

• Sorties régulières
Quelques singles par an, un EP ou un album tous les un ou deux ans.
Les deux modèles peuvent se défendre. Tout dépend alors du tarif, de la commission éventuelle et du niveau de service attendu.

• Sorties nombreuses
Un morceau tous les mois ou tous les deux mois, plusieurs projets par an, une stratégie éditoriale continue.
Un abonnement illimité peut rapidement devenir plus avantageux : plus le nombre de sorties augmente, plus son coût moyen par projet diminue.

Mais la fréquence ne suffit pas. Une commission de 10 ou 15 % est presque indolore sur un catalogue qui rapporte 50 € par an ; elle devient beaucoup moins anecdotique sur un catalogue qui en rapporte 10 000. À l’inverse, un abonnement modeste peut sembler dérisoire pendant deux ans et devenir absurde lorsqu’on le paie pendant vingt ans pour maintenir trois morceaux qui ne génèrent presque rien.

Beaucoup cherchent donc « le meilleur distributeur » (une question posée à longueur de journée sur Reddit). La bonne question serait plutôt : quel modèle correspond à la vie réelle de votre catalogue ?

C’est aussi à partir de cette question que The Queen Is Dead Records (TQIDr) a construit son propre fonctionnement, avec des choix qui relèvent parfois davantage de l’éthique que de l’optimisation économique.



9. TQIDr : des choix éthiques avant d’être économiques

TQIDr est une association, et ce n’est pas un détail administratif posé là pour faire joli. Ce statut correspond à la manière dont j’ai toujours envisagé cette activité : rester libre dans les choix, pouvoir adapter le fonctionnement aux artistes, et ne pas transformer chaque décision en exercice de rentabilité.

Je n’ai jamais envisagé de faire payer un abonnement.
D’abord parce que j’aime les choses simples : une sortie, un tarif, puis on passe au sujet suivant. Mais surtout parce que cela me semblerait assez contradictoire avec les artistes auxquels TQIDr cherche précisément à s’adresser : petits projets, premiers disques, musiciens disposant de peu de moyens ou qui n’avaient parfois même pas envisagé de distribuer leur musique avant de découvrir que cela pouvait être assez simple et relativement peu coûteux.

L’idée est plutôt de lever un frein que d’en installer un nouveau.
Pour les artistes qui publient beaucoup, j’ai néanmoins créé les Formultis, des formules multi-sorties à tarif dégressif qui permettent de mutualiser les coûts sans basculer vers un abonnement.

La distribution chez TQIDr n’a jamais été pensée comme une activité destinée principalement à enrichir la structure. Son objectif est surtout d’accompagner, aider, informer et expliquer. La dimension pédagogique dépasse largement la dimension économique, ce qui rend aussi le statut associatif assez naturel pour cette activité.

TQIDr fonctionne aussi avec un système d’avance sur une partie du tarif de distribution : cette somme est récupérée uniquement sur les royalties futures et, si elles ne suffisent pas, l’artiste n’a rien à rembourser. Une association ne paie malheureusement pas ses frais avec de bonnes intentions, et distribuer de la musique, suivre les sorties, administrer le catalogue et gérer les incidents représente du travail et des coûts.

Mais cette commission repose sur une logique qui me paraît assez saine : si l’artiste gagne peu, TQIDr gagne peu aussi. Ce n’est pas vraiment un prix, mais un partage des revenus générés. Et si ces revenus changent réellement d’échelle, la réévaluation se fera toujours dans le sens de l’artiste. Une répartition pensée pour quelques dizaines d’euros de royalties n’a pas vocation à rester gravée dans le marbre si un catalogue commence à générer plusieurs centaines d’euros par trimestre, puis davantage. Dans ce cas, la part de TQIDr peut être revue à la baisse afin que l’accord reste proportionné et favorable à l’artiste. Je préfère largement gagner moins sur un artiste qui commence à bien fonctionner que découvrir soudainement qu’un vieux pourcentage est devenu absurdement avantageux pour TQIDr.

L’économie doit permettre au système de fonctionner. Elle n’a pas besoin d’en devenir la raison d’être.



10. Quand le tarif peut aussi donner des idées

Une grille tarifaire n’est pas forcément seulement là pour dire combien coûte une distribution. Elle peut aussi montrer ce qu’il est possible d’imaginer autour d‘une sortie.
Distribuer une discographie complète, préparer un album avec quelques singles en amont, ou construire une série de sorties en cascade sont des stratégies parfaitement courantes. Plusieurs distributeurs les expliquent d’ailleurs dans leurs guides et ressources pédagogiques.

Chez TQIDr, j’ai choisi de faire apparaître directement certaines de ces possibilités dans les Formultis (je suis très fier d’avoir trouvé ce nom), avec un tarif dégressif lorsque plusieurs sorties sont prévues :

– La Formule COLLECTION correspond ainsi à la distribution d’une discographie ou d’un ensemble important de sorties.
– La Formule PETIT TRAIN matérialise l’idée d’accompagner un EP ou un album d’un ou deux singles de « soutien promotionnel ».
– La Formule MATRIOSHKA correspond à une logique de sorties successives qui viennent progressivement s’intégrer dans un projet plus large (stratégie de sorties en cascade).

Les noms, c’est 100% homemade, mais les stratégies ne le sont évidemment pas.

L’intérêt est surtout pédagogique : montrer à quelqu’un qui n’y aurait pas pensé que ces schémas existent, qu’ils sont techniquement assez simples à mettre en place et qu’un tarif adapté peut les rendre financièrement réalistes. La tarification devient alors aussi une manière de dire : voilà ce que vous pouvez faire avec votre musique, et pas seulement combien cela va vous coûter.



11. Avant la sortie : préparer plutôt que réparer

Chez TQIDr, j’ai choisi de concentrer une grande partie de l’accompagnement avant la sortie.
Cela signifie vérifier les métadonnées, discuter de la date si nécessaire, débattre parfois de la qualité d’une pochette (ça arrive), choisir éventuellement certaines plateformes à éviter (une envie de boycotter Spotify ?), assurer correctement la livraison, préparer une Page PRESAVE ou une Page SORTIE.

Ce n’est pas une règle universelle sur ce que devrait être un distributeur digital. C’est simplement la manière dont j’ai choisi de faire les choses chez TQIDr : essayer d’anticiper le plus possible plutôt que d’attendre qu’un problème apparaisse.

Le jour de la sortie, je vérifie aussi que tout semble s’être déroulé normalement : présence de la sortie, bon profil artiste, bonne pochette, informations cohérentes et liens fonctionnels lorsqu’ils sont accessibles. Je ne peux évidemment pas contrôler une par une les dizaines de plateformes et de territoires concernés par chaque distribution. L’ambition n’est donc pas de promettre une surveillance totale, mais de faire une vérification raisonnable et attentive autour du lancement.

C’est cette combinaison que je cherche à maintenir : beaucoup de soin en amont, un contrôle le jour J, puis une disponibilité réelle si quelque chose mérite ensuite d’être regardé.



12. L’autonomie plutôt que la dépendance

Le paiement unique ne signifie évidemment pas que TQIDr va tenir la main de chaque artiste jusqu’à sa retraite, ou (dans l’) au-delà. On se calme.

Une fois la sortie correctement préparée et mise en ligne, l’idée n’est pas de transférer le travail du distributeur à l’artiste. Ce qui relève de TQIDr reste du ressort de TQIDr. Il s’agit plutôt d’éviter de créer une dépendance inutile pour tout ce que l’artiste peut déjà consulter ou gérer directement.

Pour suivre l’évolution quotidienne des écoutes, par exemple, Spotify for Artists, Apple Music for Artists ou Deezer for Creators sont généralement les outils les plus adaptés. Pour les revenus, les rapports de distribution et les éventuels problèmes liés au catalogue, TQIDr reste évidemment l’interlocuteur.
TQIDr ne dispose pas encore d’un grand tableau de bord permettant à chaque artiste de suivre en temps réel ses revenus, ses statistiques et l’ensemble de son catalogue. J’aimerais que cela existe, et j’y travaille. Mais je préfère ne pas facturer un service qui n’existe pas encore.

Cette limite technique a cependant produit quelque chose d’assez inhabituel dans la distribution digitale : quand on me demande un rapport, je le consulte réellement. Je ne suis pas qu’un passe-plat. Je regarde ce qui s’est passé, je peux relever une anomalie, remettre les données dans leur contexte, comparer des périodes et en discuter avec l’artiste.
La porte reste donc ouverte lorsqu’il y a quelque chose à résoudre ou à comprendre : problème de royalties, question de métadonnées, statistiques étranges, incident de livraison ou simplement quelque chose qui ne ressemble pas tout à fait à ce qui était prévu.

Il faut d’ailleurs dissiper un petit fantasme : un distributeur ne dispose pas nécessairement d’un grand écran de contrôle qui se met à clignoter en rouge dès qu’un morceau disparaît quelque part au Mexique ou se retrouve sur le profil Spotify d’un homonyme.
Il existe bien quelques outils de surveillance chez certains acteurs. DistroKid propose par exemple ses Artist Profile Alerts, réservées à l’offre Ultimate, qui peuvent signaler certains changements sur Spotify et Apple Music : musique ajoutée ou supprimée, modification d’un titre, d’une pochette ou d’une URL artiste. Mais cela reste limité à certains événements et à certaines plateformes.
Dans la pratique, beaucoup d’anomalies sont encore découvertes par les premiers concernés : les artistes. Ils les signalent ensuite au distributeur qui prend contact avec la plateforme concernée.

TQIDr n’a pas d’outil capable de surveiller en permanence chaque sortie sur chaque plateforme. Et, pour être tout à fait honnête, si un tel tableau de bord existait, je n’aurais probablement pas le temps de passer mes journées à le regarder, et certainement pas de bondir dans la minute pour avertir l’artiste et demander une correction.
En revanche, je fais ponctuellement mes propres petits audits : je vais sur la page des sorties distribuées par TQIDr, je clique sur quelques projets au hasard et je regarde si tout semble toujours à sa place. Rien de très scientifique, mais cela permet parfois de repérer un problème avant même qu’on me le signale.

L’autonomie dont je parle n’est donc pas « débrouillez-vous ». C’est plutôt : ne pas compliquer inutilement ce qui peut rester simple, tout en restant présent là où le rôle du distributeur commence réellement.



13. Continuité, limites et résilience

TQIDr n’a pas vocation à sélectionner les artistes selon leur taille ou leurs performances. Un projet ne devient pas moins légitime parce qu’il fait 200 écoutes par an au lieu de 200 000. Ce serait d’ailleurs assez contradictoire avec tout ce qui précède.

Aucun système n’est infaillible. Un partenaire peut changer ses règles, rencontrer un problème technique, fermer un service, modifier ses conditions ou simplement cesser de correspondre aux besoins du catalogue.
J’ai donc progressivement cherché à ne pas faire reposer toute la distribution TQIDr sur un seul partenaire. L’idée est assez simple : avoir un plan A, un plan B, et si nécessaire un plan C, plutôt qu’un magnifique plan A accompagné d’un grand vide en dessous.

Cela ne signifie pas qu’un incident n’arrivera jamais. Une sortie peut disparaître temporairement, être mal rattachée, rencontrer un blocage ou subir une modification de règles sur une plateforme. Je ne peux donc pas promettre un résultat parfait en toutes circonstances.
Ce que je peux promettre, en revanche, c’est de faire tout ce qui est raisonnablement possible pour défendre la continuité de la distribution : comprendre ce qui s’est passé, relancer, corriger, migrer si nécessaire, et changer de voie lorsque la première ne fonctionne plus.

J’ai longtemps résumé cette ambition de manière beaucoup plus absolue sur le site : « votre musique restera en ligne pour toujours ». J’ai depuis corrigé cette formulation, parce qu’elle dépend aussi de plateformes, de partenaires et de règles que TQIDr ne contrôle pas.
Mais je n’en renie pas l’intention.
Si une sortie rencontre un problème, si un partenaire devient défaillant ou si une migration devient nécessaire, je me battrai jusqu’au bout pour maintenir cette musique disponible. Tant qu’une solution existe, je la chercherai.
La promesse était trop absolue. L’engagement derrière, lui, reste entier.

La priorité reste donc la même : faire en sorte que la musique continue d’exister sur les plateformes, même lorsque le chemin pour y parvenir doit changer.



CONCLUSION : qu’est-ce qu’on paie vraiment ?

Choisir un distributeur digital ne revient donc pas seulement à comparer quelques tarifs. Il faut regarder ce que l’on paie, quand on le paie, ce que le distributeur prélève ensuite, ce qui se passe si l’on arrête de payer, et quel niveau de service existe réellement derrière l’offre.
Un abonnement peut être excellent pour quelqu’un qui sort beaucoup de musique. Un paiement unique peut être beaucoup plus cohérent pour un catalogue qui évolue lentement. Une commission peut rendre la distribution très accessible en faisant directement dépendre la rémunération du distributeur des revenus réellement générés.
Il n’existe pas de modèle parfait, seulement des compromis différents.
TQIDr a choisi les siens : faire payer la mise en route plutôt que la simple présence, garder une barrière d’entrée basse, rester disponible lorsqu’un vrai besoin apparaît, et faire en sorte que l’économie reste au service de la musique, pas l’inverse.
Ce n’est probablement pas le meilleur modèle pour tout le monde. C’est simplement celui qui me paraît le plus cohérent avec ce que TQIDr essaie de faire depuis le début.

L.A

distribution digitale, Témoignage

Fraude au streaming sur Spotify : bientôt votre tour.

Nul n’est censé ignorer la loi. Toutefois, tout comme Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, il n’est pas impossible que vous soyez mouillé dans une sombre affaire de streaming frauduleux, sans pour autant avoir pris sciemment la décision d’enfreindre la moindre règle. Spotify pourrait très bien vous tomber dessus, sans prévenir. Même si vous êtes innocent, vous serez sanctionné.
J’ai identifié 4 scénarios possibles, en playlist ou hors-playlist, qui finissent tous de la même manière (mal pour vous).

1. La fausse promotion


Les prestation de promo-marketing efficaces, rapides et pas chères, ça n’existe pas. Les campagnes de promotion factices pullulent sur les réseaux sociaux. Résistez ! Ces types de services (comme Groover ou d’autres plateformes similaires) promettent souvent un grand nombre d’écoutes rapides, mais il s’agit la plupart du temps d’activités de bots, donc illicites. C’était ce qui avait occasionné la première amende infligée à The Queen Is Dead Records. Quoi qu’il arrive, ne payez jamais pour avoir votre musique dans des playlists.

2. Les playlists contaminées


Pas forcément besoin d’une structure pour un placement en playlist. Qu’elle soit animée de bonnes ou de mauvaises intentions, la personne (peut-être vous-même ?) qui place dans une playlist contaminée par des bots un de vos morceaux le condamne à être repéré par Spotify. La réciproque est également à considérer : une personne malveillante pourrait même aller jusqu’à orienter des bots vers une playlist où se trouve un de vos morceaux.

3. Le fan trop zélé


Même en dehors des playlists, votre musique reste vulnérable. Une écoute isolée intensive d’un admirateur secret monomaniaque (ou de votre pire ennemi) peut vous causer du tort si cet utilisateur de Spotify fait tourner vos morceaux en boucle, jour et nuit, afin de faire grimper vos streams. La concentration géographique du flux attire forcément l’attention de l’algorithme de Spotify. Certaines écoutes massives mais sincères ont été interprétées comme une fraude à cause d’un pic brutal.

4. Le complot algorithmique


Aucun fan ? Aucun ennemi ? Aucun placement en playlist ? Aucun accord pour une campagne de promotion ? La dernière piste qu’il resterait, c’est tout simplement une « attaque sous faux drapeau ». Simple hypothèse : Spotify pourrait s’en prendre à vous avec sa propre armée de bots pour gonfler les chiffres et justifier ses sanctions. On l’a vu dans le dernier article du blog, Spotify ment, triche, et vole déjà les petits artistes (qui n’atteignent pas les 1000 streams par an). Serions-nous vraiment surpris ?


5. Quelles conséquences ?

M’appuyant sur une base d’une dizaine de cas observés depuis un an, j’ai pu découvrir sur le terrain les pratiques de Spotify en matière de sanctions. Tant que le flux d’écoute ne dépasse pas 1000 streams sur un même jour, il n’y a pas de risque immédiat. Attention si c’est récurrent. En revanche, dès que l’on franchit la barre des 2000 streams, j’ai constaté que les amendes tombaient systématiquement.
Spotify applique une amende de 10 € par titre concerné, avec annulation des gains générés par les streams. Souvent, cette sanction est accompagnée du retrait de la sortie. En cas de détections de multiples fraudes, Spotify peut retirer la sortie, voire supprimer un artiste avec toute sa discographie. Ces actions punitives de Spotify sont pratiquement impossibles à esquiver (pour le moment).



6. Quelles solutions ?


Si vous connaissez la playlist qui serait la cause de tous vos malheurs, vous pouvez la signaler ici dans l’espoir de peut-être faire rétropédaler Spotify et annuler l’amende.
The Queen Is Dead Records avance le paiement de l’amende d’abord avant d’en discuter avec l’artiste. Si l’artiste accepte le règlement de l’amende, je m’engage à renvoyer la sortie, si celle-ci a été retirée par Spotify, sans surcoût. Le morceau incriminé devra alors bénéficier d’un nouveau code ISRC, pour éviter que le « red flag » de Spotify ne se réactive. Les statistiques seraient remises à zéro, mais le titre redeviendrait disponible.
Si l’artiste refuse le paiement de l’amende, The Queen Is Dead Records se réserve le droit de ne plus travailler avec lui. Si l’artiste refuse de régulariser une deuxième amende, The Queen Is Dead Records se réserve le droit de retirer sa musique des plateformes de streaming, afin de ne plus générer de nouvelles amendes (c’est logique).

Vous n’avez pas encore été touché ? Vous avez de la chance. Mais ça n’arrive pas qu’aux autres. Voici quelques extraits de mails d’artistes touchés par la détection de Spotify : « C’est hyper difficile de contacter Groover, je suis toujours en attente. On arrive seulement sur un chat d’IA qui n’apporte pas de réponses. Du coup, c’est tout une histoire, je dois me repencher sur tous les partages qui ont été faits, et me replonger dans tous les retours Groover qui pour certains ont été douloureux et injustes. »
« En tout cas ça m’étonne, car je n’ai pas fait de campagne groover, et je n’ai pas cherché non plus à être placée en playlist… »
« J’ai regardé et c’est frauduleux : ce n’est ni un service que j’ai payé, ni un admirateur. Le lendemain j’ai voulu regarder le compte qui avait fait ça et il n’existait déjà plus, Spotify a dû le supprimer. Comment se prémunir de ceci ? »

Et si le plus simple n’était pas tout simplement d’éviter Spotify ?

L.A.

distribution digitale, Label, Témoignage

Intelligence artificielle et Spotify : pour le payeur et pour le pire


Je me pose des questions sur l’avenir de nos engagements avec Spotify, en tant qu’auditeurs / clients et en tant qu’artistes / partenaires.
Toutes les entreprises « dans le coup » l’annoncent fièrement sur Linkedin, et dans leurs affichages publicitaires sur les réseaux sociaux : ils travaillent avec de l’intelligence artificielle, évidemment, car ils sont à la pointe de la technologie !
Spotify entretient une relation pour le moins contradictoire avec l’intelligence artificielle. Selon qu’elle serve ou pas les intérêts de l’entreprise de Daniel Ek, elle est tantôt célébrée et érigée en véritable alliée, tantôt diabolisée et considérée comme l’ennemi numéro un. Quand on fait la synthèse de la position du géant du streaming, on se rend compte d’une chose : Spotify semble ne pas se battre pour une meilleure intelligence artificielle « mieux » utilisée (d’un point de vue éthique), mais contre les artistes de sa plateforme.



1. Spotify et Deezer : deux conceptions différentes de la transparence

Contrairement à Deezer, qui affiche déjà de manière voyante (voir capture d’écran ci-dessus) des mentions d’usage d’intelligence artificielle détectée par son outil (fiable à 98% selon Alexis Lanternier, patron de Deezer), Spotify semble vouloir conserver un peu plus de discrétion, en considérant que ces mentions sont la responsabilité des artistes qui doivent décider de révéler (ou non) si de l’IA a été utilisée pour leur musique (comme on peut le faire pour des posts sur Instagram) et pour quel usage précis, de la même manière que des crédits qui permettent de nommer autant le joueur de triangle que l’ingénieur mastering.
Mais, les artistes le savent, les crédits ne sont pas tous obligatoires (il y en a de plus en plus qui sont demandés, cependant), et surtout ne sont jamais contrôlés. Vous pouvez noter « Brigitte Macron » en tant qu’ingénieur du son responsable du mixage de n’importe quel morceau, sans que Spotify vous demande la moindre preuve qu’il ne s’agit pas d’un troll. Si on peut créditer Brigitte Macron, on peut mentir sur l’usage d’IA. On peut aussi décider que l’absence de mention IA n’est pas scandaleuse si l’on considère cette dernière utilisée avec parcimonie ou de manière peu impactante d’un point de vue artistique. On peut aussi « oublier » d’évoquer la participation d’un IA dans le processus de création.
Les seuls abus en matière de « crédit » qui sont contrôlés et sanctionnés, ce sont les faux duos : des artistes sortent leur musique en y ajoutant d’autres artistes primaires ou des « feat » avec des artistes connus, pour tenter de squatter les profils de superstars et faire la promotion de leur musique avec un maximum de visibilité… et un minimum d’intégrité.



2. Intelligence artificielle = mauvaise musique = peu de streams ?

Consensus : la mauvaise IA, c’est la contrefaçon avec des voix d’artistes connus


Spotify ne se présente pas comme « anti-IA » et ne souhaite pas « punir les artistes qui se servent de l’IA de façon authentique et responsable » a déclaré Charlie Hellman (un mec d’enfer), responsable de la stratégie pour la branche musique. Spotify dit vouloir s’attaquer aux « acteurs malveillants« . Hormis le vol pur et simple d’œuvres et de voix (comme par exemple un Freddie Mercury qui chante « My Heart Will Go On »), comment détecter un morceau original qui ne serait qu’une création d’IA ?
Sam Duboff, responsable marketing et politique de la branche musique de Spotify, nous rassure : la plupart des morceaux créés par IA n’atteindront probablement jamais les 1000 streams. Et oui, « quand la musique ne demande pas beaucoup d’efforts à créer, elle tend à être de mauvaise qualité et ne trouve pas de public ». Euh… Pardon ? Ici, Sam Duboff ment (ou se trompe ?) deux fois :
• Premièrement, ce n’est jamais la qualité artistique à elle seule qui est moteur d’un succès, mais toujours l’exposition : Spotify en sait quelque chose car c’est LA plateforme où l’on paye pour faire figurer sa musique dans des playlists (encore une interdiction formelle de Spotify que Spotify laisse pourtant passer – ils ne sont pas à une incohérence près).
• Deuxièmement, la musique de bonne qualité ne prend pas forcément plus de temps à son créateur que de la musique « de moins bonne qualité » : prenez l’exemple de la légende urbaine selon laquelle Picasso avait fait un dessin sur une nappe, et le serveur lui dit « tu peux me donner ton dessin, il ne vaut rien, il t’a pris seulement 30 secondes« , et Pablo lui répondit « pas 30 secondes, mais toute une vie de travail pour réaliser ça en 30 secondes ».
On ne mesure pas la qualité d’une œuvre au temps pris pour la réaliser et, même si la qualité intrinsèque de votre musique compte, elle sera toujours dépassée par les musiques moins brillantes mais mieux soutenus par des stratégies de promotion. On peut même aller jusqu’à dire que c’est avant tout le marketing qui façonne des succès.



3. Spotify, victime et complice

Presque 3 mois après le scandale, The Velvet Sundown est toujours sur Spotify.


On a vu précédemment que Spotify n’aimait pas les musiques full IA qui « de toute façon ne font pas beaucoup de streams ». Sauf des fois, en fait.
Le groupe The Velvet Sundown est une création totalement artificielle, tout comme ses morceaux qui comptabilisent aujourd’hui plusieurs centaines de milliers, voire plusieurs millions de streams, sur Spotify.
Ô surprise, l’équation IA = mauvaise musique = peu de streams n’était pas bonne !
A ce propos, Spotify avait répondu, par l’intermédiaire de ce bon vieux Sam Duboff : « Ce cas a mis en lumière nos failles en matière de transparence ». Qui dit « failles » dit fraude. Donc d’après Spotify, The Velvet Sundown représente le type d’artistes qu’ils veulent combattre et qui ne font pas un usage « authentique et responsable » de l’IA.
Petit problème : depuis le scandale révélé début juillet 2025, The Velvet Sundown est toujours disponible sur Spotify (à l’heure où j’écris ces lignes, le 8 octobre 2025), alors qu’il s’agit d’un groupe fictif qui a utilisé Suno. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est l’outil d’analyse français Ircam Amplify. Mais alors que fait Spotify ? Il supprime 75 millions de titres jugés « problématiques », mais pas ceux de The Velvet Sundown. Pourquoi ?
On connaît Spotify. Pour la plateforme, le succès (un grand nombre de streams) confère de la légitimité. En effet, souvenez-vous de leur décision de ne plus rémunérer les morceaux qui font moins de 1000 écoutes dans l’année. Cette mesure, d’ailleurs, devait en théorie empêcher les contenus IA de générer le moindre euro, car selon Sam Duboff « l’audience de l’IA est un petit pourcentage d’écoutes ». Sauf les exceptions, donc.
Le tableau semble de moins en moins équivoque : avec Spotify, ceux qui brassent de l’argent ont toujours raison, ont tous les droits, et ne sont pas sujets aux mêmes règles que les petits, qui sont même parfois accusés à tort, et ce de plus en plus souvent.



4. Bots contre bots : le combat fratricide

Arnold VS Arnold, dans Terminator Genisys (2015)

L’intelligence artificielle fait de la musique, mais pas que. L’intelligence artificielle fait aussi la police contre le streaming artificiel : les bots de Spotify n’aiment pas les bots qui « écoutent » la musique sur Spotify pour faire monter artificiellement le nombre de streams de certains morceaux (procédé du « farming »). Dans Terminator, ce sont surtout les humains qui trinquent. Avec Spotify, quand il y a des écoutes réalisées par des bots, ce sont les artistes qui trinquent : pas tous coupables, mais tous punis.
Il y a des comportements de streams qui attirent l’attention des Schwarzies de la cyber-musique. L’armée de robots de Spotify punit, sans sommation, et inflige aux artistes, et uniquement aux artistes, des amendes de 10 € par titre jugé frauduleux (en théorie), sans aucune défense envisageable : aussitôt jugé, aussitôt condamné.
Chez The Queen Is Dead Records, il y a eu à ce jour 2 cas de fraudes pour des artistes.
Le premier cas, c’est un artiste qui croyait vraiment payer pour des opérations de promotion d’un organisme qui a juste fait du farming pour gonfler déraisonnablement les chiffres d’un morceau : 0 stream, puis 20 000 streams le lendemain, et enfin 0 stream le surlendemain. Clairement un pic frauduleux. Impossible de contester qu’il s’agit de streams non-organiques. Au-delà de l’amende, c’est une stratégie qui ne sert à rien.
Le deuxième cas, c’est un artiste qui s’est retrouvé sur des playlists après être passé par Groover, qui prétend également être une entreprise de promotion. Son slogan : « Promote your music with results ». Une entreprise qui vous assure des résultats ne peut donc pas vous décevoir ! En même temps, s’il y avait 100% de succès pour tous les artistes qui sont passés par eux, il n’y aurait plus que des superstars dans l’industrie. Avec Groover, vous payez pour être écouté et avoir des commentaires plus ou moins pertinents (et qui semblent parfois même être des copiés-collés), et finir dans des playlists avec des gros chiffres de lectures, mais petit problème : les écoutes de ces playlists ne sont pas assurées d’être organiques. L’artiste en question n’a pas réussi à obtenir des réponses de la part de Groover pris la main dans le sac, évidemment.
Pour ce deuxième cas, aucune amende n’a été infligée, probablement car la fraude n’avait pas atteint les 2000 streams sur 3 jours. Je suppose. On n’a aucune idée des règles d’amendes de Spotify, elles ne sont écrites nulle part. Comme pour beaucoup d’autres procédures, j’essaye de les déduire par l’expérience et vous les présenter dans ce blog.



5. Le Grand Remplacement (musical)

Dans le livre « Mood Machine », la journaliste Liz Pelly évoque un programme qui se prépare chez Spotify : le développement de faux artistes créés par intelligence artificielle qui gangrèneraient la plateforme avec des morceaux créés par intelligence artificielle, pour submerger et noyer les artistes organiques qui devront partager leurs revenus avec des faux artistes derrière lesquels se cacheraient des complices de Spotify, voire des agents de la plateforme, qui seraient poussés par les algorithmes et les playlists « maison ». Ça fait peur.
Ce n’est pas un complot imaginé cet été, après la révélation de la supercherie « The Velvet Sundown ». C’est le fruit d’une enquête dont il était déjà question dans un article du Monde sortie en janvier 2025. Selon les personnes interrogées par la journaliste, parmi lesquelles d’anciens employés de Spotify, l’idée est que l’auditeur moyen serait incapable de faire la différence entre un vrai morceau produit par un artiste et un morceau généré par intelligence artificielle. Alors pourquoi Spotify se priverait-il ?
Avec la règle des 1000 streams par an impératifs pour être rémunérés, Spotify cherchait à faire des économies sur le dos des petits artistes indépendants, majoritaires, qui percevaient peu d’argent individuellement, mais énormément si l’on cumule les dizaines de millions de morceaux qui rapportaient quelques centimes chacun. En anéantissant cette tranche du marché, Spotify compte faire environ 40 millions de dollas d’économie. Avec pour but de faire retransiter cet argent vers ceux qui le « méritent » : les artistes professionnels et émergents. Et pourquoi pas Daniel Ek lui-même, qui sait ? Il pourrait se mettre à Suno aussi.
Avec l’avènement des faux artistes, on comprend la cible suivante : les artistes indépendants de moyenne envergure et ceux dans des petits labels sans accords commerciaux avec Spotify. Tout ce beau monde se fera couper l’herbe sous le pied en investissant un budget dans la production et la promotion, alors que les faux artistes ne coûter(ai)ent à Spotify qu’un abonnement à Suno, et ils seraient automatiquement mis en avant sur Spotify par la plateforme elle-même. A la fin, il ne restera plus que les artistes des Majors (que Spotify paye comme s’ils étaient des salariés et pas en fonction du nombre réel de streams) et les faux artistes de Spotify (qui serviront à remplir les caisses pour payer ces artistes des Majors). C’est chouette hein ? Aucun problème de conflits d’intérêt.



6. La Tragique Histoire du docteur Faust revisitée


Dans ses dernières conditions générales, Spotify annonce que, lorsque vous distribuez votre musique sur sa plateforme, vous lui accordez « une licence non exclusive transférable, pouvant donner lieu à une sous-licence, libre de droits, entièrement payée, irrévocable et mondiale pour reproduire, rendre disponible, exécuter et afficher, traduire, modifier, créer des œuvres dérivées, distribuer et utiliser de toute autre manière un tel Contenu utilisateur par le biais de tout support, seul ou en combinaison avec d’autres Contenus ou supports, de quelque manière que ce soit et par tout moyen, méthode ou technologie que ce soit, déjà connus ou créés ultérieurement, en relation avec le Service Spotify. Le cas échéant et dans la mesure permise par la loi applicable, vous acceptez également de renoncer à, et de ne pas vous prévaloir de tout << droit moral >> ou droit équivalent, tel que votre droit d’être identifié comme l’auteur de tout Contenu utilisateur, y compris les commentaires, et votre droit à vous opposer à un traitement dérogatoire de ce Contenu utilisateur. »
Des œuvres dérivées pourraient être des medleys (c’est mignon), des reprises (ça commence à être gênant), des remixes, des samplings, ou bien encore, puisqu’il est question ici de technologie par forcément déjà connue, d’intégration de votre musique dans la moulinette d’une intelligence artificielle qui s’inspirerait de votre musique pour créer de nouvelles œuvres, dérivées de votre musique donc. Vous voulez ça ? Si vous distribuez votre musique sur Spotify, alors vous confirmez votre accord pour ça. Vous êtes pragmatique et vous voulez que votre musique reste sur Spotify, je comprends. Êtes-vous prêt à tout accepter, est-ce que le jeu en vaut la chandelle (Larmina) ?
Le langage juridique, bien que se voulant précis, offre toujours une possibilité de multiples d’interprétations. Les généralités présentées dans le Spotify sont peu précises, et on pourrait facilement être soit endormi par le jargon technique, soit inquiet voire anxieux à la lecture de ce que tous ces termes impliquent comme possibilités pour Spotify, et interdictions pour les artistes.
On savait que, de facto, Spotify a « besoin » d’obtenir des droits pour traiter les morceaux en les modifiant (pour notamment des conversions de formats de fichiers et des ajustements de volume). Avec cette mise à jour, Spotify a prévu des conditions générales qui leur me permettront l’utilisation des morceaux transmis pour entraîner des intelligences artificielles (les siennes, peut-être celles de structures tierces). Les preuves ? Il n’y en a pas pour l’instant. Seulement des témoignages. Mais si je disais qu’à partir de maintenant j’ai le droit de voler vos yaourts qui sont dans votre frigo, c’est que je souhaite voler ces yaourts dans votre frigo : même si je n’ai encore rien fait, j’ai mis en place le cadre qui favorise mon méfait. Je volerai vos yaourts dans votre frigo et, même si tout le monde connaissait mon intention, ça restera juste une intime conviction collective tant qu’il n’y aura pas de preuves. Et je vous traiterai de complotistes pour embrouiller tout le monde et clôturer l’histoire.



7. Peut-on se passer de Spotify ?

Source : Reddit
Pour trouver les rémunérations d’artistes, certains blogs se contentent de multiplier le nombre de streams par la moyenne de rémunération du stream, or les grands artistes en maison de disque bénéficient d’accords spéciaux leur assurant une rémunération minimum quel que soit le nombre de streams.


Il y a quelques jours, j’ai échangé avec un artiste au sujet de la distribution digitale de sa musique sur Spotify. Il a pris la décision de faire sans Spotify. En 2025, c’est un acte révolutionnaire. Depuis 15 ans, on cite Spotify comme la référence : on ne demande pas à un artiste si sa musique est sur les plateformes de streaming, mais plutôt « ta musique est sur Spotify ? » parce que tout le monde est sur Spotify.
D’autres artistes axent déjà leur communication en mentionnant Deezer, ont une partie de leur public sur cette plateforme, et obtiennent des résultats surréalistes en matière de rapport nombre de streams / rémunération. Voici un exemple pour un premier album d’un groupe français :
• Deezer : 5500 streams, 34 € (moyenne de 0,006 € / stream)
• Spotify : 16000 streams, 10 € (moyenne de 0,0006 € / stream)
95% de l’intégralité des streams viennent de France, donc la localisation des auditeurs ne compte pas. Si le stream Deezer paye davantage, c’est probablement par son approche « user centric », différente du « market centric » de Spotify. De quoi ça parle ?
Un rapport de Jean-Philippe Thiellay du Centre National de la Musique, « User centric vs Market centric« , explique ceci :
« Les deux logiques sont très différentes : le user centric trace la consommation de l’utilisateur et répartit la redevance issue de son abonnement entre ayants droit des titres qu’il écoute ; le market centric considère l’abonnement davantage comme un droit d’accès à une discothèque universelle, versé dans un « pot commun » réparti entre ayants droit, en fonction de l’audience globale des titres par marché. De fait, dans ce système, les redevances issues d’un utilisateur peuvent contribuer à rémunérer des artistes qu’il n’écoute pas… »
Chez Spotify et Deezer, environ 75% du prix de l’abonnement mensuel est dédié à la rémunération des artistes (le reste, ce sont des frais de fonctionnement de la plateforme). Pour 12 €, on est en théorie à 9 € de « pouvoir de rémunération » par auditeur.
Avec Spotify, l’activité d’un auditeur unique est noyée dans les milliards de streams des 700 millions de ses utilisateurs (environ un tiers sont des abonnés premium). Ce n’est pas la proportion de ce que vous écoutez par rapport à votre pouvoir de rémunération qui est pris en compte, mais la proportion de ce que la planète entière a écouté par rapport au cumul des pouvoir de rémunération de tous les abonnés. C’est un pourcentage des écoutes mondiales (avec des variations des rémunérations selon des paramètres comme par exemple le pays d’écoute) qui est calculé pour partager un immense gâteau de rémunération en parts proportionnelles au nombre de streams (en excluant tous les petits artistes dont les morceaux font moins de 1000 streams par an, vous vous souvenez). Ce modèle, « market-centric » à la sauce de Spotify (sans pitié avec les petits), est très intéressant pour les artistes populaires qui ont énormément d’auditeurs. Et ce sont ceux-là que préfère Spotify.
Avec Deezer, si un auditeur n’écoute qu’un seul artiste dans le mois, ce dernier récupérera l’intégralité de ce pouvoir de rémunération. Si on pousse la logique jusqu’au bout, alors écouter un seul morceau, une fois dans le mois, rapporterait 9 € à l’artiste (à partager avec d’éventuels ayants droit). Ce qui reviendrait donc à un stream qui rapporte 10 €. Imbattable ! Bon, personne ne paye un abonnement mensuel pour écouter un seul morceau par mois, c’est vrai. Mais vous aurez compris que cette règle du jeu est très profitable aux petits artistes pour qui chaque auditeur compte. C’est le modèle « user-centric », qui donne véritablement le pouvoir à chaque auditeur de littéralement attribuer son pouvoir de rémunération uniquement aux artistes qu’il écoute. C’est paradoxalement moins égalitaire que le market-centric, mais plus juste en terme de mérite économique.



8. Mon histoire avec Spotify

2006 : tout nouveau, tout beau, simple et efficace.


En tant qu’auditeur, j’étais ravi de Spotify.
J’ai beaucoup aimé découvrir Spotify en été 2006. Cette plateforme a changé ma vie et a participé à mon épanouissement culturel, et j’y suis donc forcément très attaché. J’ai dévoré des heures de musique, dans mon petit appartement brestois, devant mes modestes petites enceintes Logitech. Spotify est devenu une partie de moi, une vitrine où j’ai rangé tout ce que j’aimais, et un outil qui m’a permis des premières écoutes d’œuvres qui m’ont transformé. Fini le piratage avec eMule et Limewire pour découvrir un album et décider si je veux l’acheter ou pas. Tout était bien rangé et immédiatement disponible, facile d’accès, mais n’en demeurait pas moins précieux. En 2006, certains morceaux que j’aimais n’étaient que sur Spotify. A l’époque, Youtube n’était pas encore la banque de données musicale que nous connaissons aujourd’hui.
En tant que musicien, y voir ma musique, « parmi les grands », était émouvant. Quand j’ai démarré le label The Queen Is Dead Records en 2015, j’avais en moi un élan de rébellion : pour la liberté, pour la musique, pour les artistes. Quand on a un projet musical, tout est cher, tout est difficile, tout est hors d’atteinte, tout est décourageant. Et j’ai décidé de partager mon optimisme et mon savoir-faire avec des artistes qui font de la musique qui me touche. Après avoir confectionné leur musique, on la met sur Spotify, c’est le joyeux rituel qui clôture l’étape de production. On se fiche totalement des gains du streaming, qui sont dérisoires, anecdotiques, mais dont chaque euro mérité rappelle les heures de travail, l’excitation de l’artisanat, et la délivrance mélancolique d’avoir obtenu un résultat final au-delà des espérances.
Depuis septembre 2021, The Queen Is Dead Records propose un service de distribution digitale à tous les artistes, plus seulement ceux du label, et j’ai plongé dans l’industrie d’une manière encore plus intensive.
En tant que distributeur digital, les pratiques de Spotify me font de plus en plus… soupirer : les amendes infligées aux musiciens sans possibilité de faire appel, la démonétisation des musiques pas suffisamment écoutées, l’hypocrisie de la tolérance des paiements pour les placements en playlists, le deux poids- deux mesures quand il s’agit de faire appliquer des règles aux petits ou grands artistes, les mensonges autour de l’intelligence artificielle…



Après avoir lu cet article, vous avez maintenant toutes les cartes en main pour faire votre choix en connaissance de cause.
Deux chemins s’offrent à vous : une visibilité maximale pour toucher le maximum d’auditeurs ou un engagement en faveur d’une répartition plus juste et pour davantage de justice. Ce dilemme est juste la transposition dans l’industrie musicale d’une question plus large : sommes-nous prêts à troquer quelques espoirs sociaux et conforts matérialistes contre une liberté morale peut-être utopique mais nécessaire ?
Si Spotify vous a déçu, vous pouvez quitter la plateforme. Vous perdrez sans doute un peu de visibilité, mais vous pouvez compenser en valorisant activement votre musique sur Qobuz ou Deezer, pour ne citer que nos plateformes françaises, qui rémunèrent plus. Expliquez-le à votre public : chaque écoute est un acte économique. Payer, c’est subventionner ; nous finançons ce que nous voulons voir survivre et grandir.
Si vous choisissez de rester sur Spotify pour préserver vos auditeurs, vous aurez fait passer l’économie avant l’éthique. Peut-être par pragmatisme, peut-être en attendant une alternative. Mais souvenez-vous : tant que nous restons dépendants du système que nous dénonçons, il ne changera pas.
Les petits artistes s’appauvrissent et les intelligences artificielles prennent le relais. C’est peut-être le signal qu’il nous faut : être déclarés « négligeables » nous libère du regard des plateformes. Reprenons notre liberté, et construisons un autre paradigme.
Nous avons besoin d’une émulation collective, d’en parler entre nous et autour de nous, agir, expérimenter. Si nous attendons la révolution pour devenir révolutionnaire, il se pourrait qu’il n’y ait aucune révolution, jamais.
Pour le moment, distribuer sa musique sur Spotify restera possible avec The Queen Is Dead Records. Dans la toute dernière mise à jour du formulaire de distribution digitale, vous pourrez désormais préciser si vous le souhaitez ou non.

A suivre.

L.A.

PS (25/10/2025) :
Désormais, chez The Queen Is Dead Records, les artistes peuvent choisir d’exclure Spotify de la distribution digitale de leurs sorties.
Le logo Spotify restera affiché sur les pages de sortie, mais le lien mènera vers une page spéciale indiquant qu’il s’agit d’un choix de l’artiste.
Cette page comportera également un lien vers cet article du blog expliquant les raisons pour lesquelles quitter Spotify peut être une décision pertinente. L’EP « Ash & Rose » de Nathalie Bernard & Hectory est la première sortie à s’inscrire dans cette initiative spéciale.