distribution digitale, Label, Témoignage

Intelligence artificielle et Spotify : pour le payeur et pour le pire


Je me pose des questions sur l’avenir de nos engagements avec Spotify, en tant qu’auditeurs / clients et en tant qu’artistes / partenaires.
Toutes les entreprises « dans le coup » l’annoncent fièrement sur Linkedin, et dans leurs affichages publicitaires sur les réseaux sociaux : ils travaillent avec de l’intelligence artificielle, évidemment, car ils sont à la pointe de la technologie !
Spotify entretient une relation pour le moins contradictoire avec l’intelligence artificielle. Selon qu’elle serve ou pas les intérêts de l’entreprise de Daniel Ek, elle est tantôt célébrée et érigée en véritable alliée, tantôt diabolisée et considérée comme l’ennemi numéro un. Quand on fait la synthèse de la position du géant du streaming, on se rend compte d’une chose : Spotify semble ne pas se battre pour une meilleure intelligence artificielle « mieux » utilisée (d’un point de vue éthique), mais contre les artistes de sa plateforme.



1. Spotify et Deezer : deux conceptions différentes de la transparence

Contrairement à Deezer, qui affiche déjà de manière voyante (voir capture d’écran ci-dessus) des mentions d’usage d’intelligence artificielle détectée par son outil (fiable à 98% selon Alexis Lanternier, patron de Deezer), Spotify semble vouloir conserver un peu plus de discrétion, en considérant que ces mentions sont la responsabilité des artistes qui doivent décider de révéler (ou non) si de l’IA a été utilisée pour leur musique (comme on peut le faire pour des posts sur Instagram) et pour quel usage précis, de la même manière que des crédits qui permettent de nommer autant le joueur de triangle que l’ingénieur mastering.
Mais, les artistes le savent, les crédits ne sont pas tous obligatoires (il y en a de plus en plus qui sont demandés, cependant), et surtout ne sont jamais contrôlés. Vous pouvez noter « Brigitte Macron » en tant qu’ingénieur du son responsable du mixage de n’importe quel morceau, sans que Spotify vous demande la moindre preuve qu’il ne s’agit pas d’un troll. Si on peut créditer Brigitte Macron, on peut mentir sur l’usage d’IA. On peut aussi décider que l’absence de mention IA n’est pas scandaleuse si l’on considère cette dernière utilisée avec parcimonie ou de manière peu impactante d’un point de vue artistique. On peut aussi « oublier » d’évoquer la participation d’un IA dans le processus de création.
Les seuls abus en matière de « crédit » qui sont contrôlés et sanctionnés, ce sont les faux duos : des artistes sortent leur musique en y ajoutant d’autres artistes primaires ou des « feat » avec des artistes connus, pour tenter de squatter les profils de superstars et faire la promotion de leur musique avec un maximum de visibilité… et un minimum d’intégrité.



2. Intelligence artificielle = mauvaise musique = peu de streams ?

Consensus : la mauvaise IA, c’est la contrefaçon avec des voix d’artistes connus


Spotify ne se présente pas comme « anti-IA » et ne souhaite pas « punir les artistes qui se servent de l’IA de façon authentique et responsable » a déclaré Charlie Hellman (un mec d’enfer), responsable de la stratégie pour la branche musique. Spotify dit vouloir s’attaquer aux « acteurs malveillants« . Hormis le vol pur et simple d’œuvres et de voix (comme par exemple un Freddie Mercury qui chante « My Heart Will Go On »), comment détecter un morceau original qui ne serait qu’une création d’IA ?
Sam Duboff, responsable marketing et politique de la branche musique de Spotify, nous rassure : la plupart des morceaux créés par IA n’atteindront probablement jamais les 1000 streams. Et oui, « quand la musique ne demande pas beaucoup d’efforts à créer, elle tend à être de mauvaise qualité et ne trouve pas de public ». Euh… Pardon ? Ici, Sam Duboff ment (ou se trompe ?) deux fois :
• Premièrement, ce n’est jamais la qualité artistique à elle seule qui est moteur d’un succès, mais toujours l’exposition : Spotify en sait quelque chose car c’est LA plateforme où l’on paye pour faire figurer sa musique dans des playlists (encore une interdiction formelle de Spotify que Spotify laisse pourtant passer – ils ne sont pas à une incohérence près).
• Deuxièmement, la musique de bonne qualité ne prend pas forcément plus de temps à son créateur que de la musique « de moins bonne qualité » : prenez l’exemple de la légende urbaine selon laquelle Picasso avait fait un dessin sur une nappe, et le serveur lui dit « tu peux me donner ton dessin, il ne vaut rien, il t’a pris seulement 30 secondes« , et Pablo lui répondit « pas 30 secondes, mais toute une vie de travail pour réaliser ça en 30 secondes ».
On ne mesure pas la qualité d’une œuvre au temps pris pour la réaliser et, même si la qualité intrinsèque de votre musique compte, elle sera toujours dépassée par les musiques moins brillantes mais mieux soutenus par des stratégies de promotion. On peut même aller jusqu’à dire que c’est avant tout le marketing qui façonne des succès.



3. Spotify, victime et complice

Presque 3 mois après le scandale, The Velvet Sundown est toujours sur Spotify.


On a vu précédemment que Spotify n’aimait pas les musiques full IA qui « de toute façon ne font pas beaucoup de streams ». Sauf des fois, en fait.
Le groupe The Velvet Sundown est une création totalement artificielle, tout comme ses morceaux qui comptabilisent aujourd’hui plusieurs centaines de milliers, voire plusieurs millions de streams, sur Spotify.
Ô surprise, l’équation IA = mauvaise musique = peu de streams n’était pas bonne !
A ce propos, Spotify avait répondu, par l’intermédiaire de ce bon vieux Sam Duboff : « Ce cas a mis en lumière nos failles en matière de transparence ». Qui dit « failles » dit fraude. Donc d’après Spotify, The Velvet Sundown représente le type d’artistes qu’ils veulent combattre et qui ne font pas un usage « authentique et responsable » de l’IA.
Petit problème : depuis le scandale révélé début juillet 2025, The Velvet Sundown est toujours disponible sur Spotify (à l’heure où j’écris ces lignes, le 8 octobre 2025), alors qu’il s’agit d’un groupe fictif qui a utilisé Suno. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est l’outil d’analyse français Ircam Amplify. Mais alors que fait Spotify ? Il supprime 75 millions de titres jugés « problématiques », mais pas ceux de The Velvet Sundown. Pourquoi ?
On connaît Spotify. Pour la plateforme, le succès (un grand nombre de streams) confère de la légitimité. En effet, souvenez-vous de leur décision de ne plus rémunérer les morceaux qui font moins de 1000 écoutes dans l’année. Cette mesure, d’ailleurs, devait en théorie empêcher les contenus IA de générer le moindre euro, car selon Sam Duboff « l’audience de l’IA est un petit pourcentage d’écoutes ». Sauf les exceptions, donc.
Le tableau semble de moins en moins équivoque : avec Spotify, ceux qui brassent de l’argent ont toujours raison, ont tous les droits, et ne sont pas sujets aux mêmes règles que les petits, qui sont même parfois accusés à tort, et ce de plus en plus souvent.



4. Bots contre bots : le combat fratricide

Arnold VS Arnold, dans Terminator Genisys (2015)

L’intelligence artificielle fait de la musique, mais pas que. L’intelligence artificielle fait aussi la police contre le streaming artificiel : les bots de Spotify n’aiment pas les bots qui « écoutent » la musique sur Spotify pour faire monter artificiellement le nombre de streams de certains morceaux (procédé du « farming »). Dans Terminator, ce sont surtout les humains qui trinquent. Avec Spotify, quand il y a des écoutes réalisées par des bots, ce sont les artistes qui trinquent : pas tous coupables, mais tous punis.
Il y a des comportements de streams qui attirent l’attention des Schwarzies de la cyber-musique. L’armée de robots de Spotify punit, sans sommation, et inflige aux artistes, et uniquement aux artistes, des amendes de 10 € par titre jugé frauduleux (en théorie), sans aucune défense envisageable : aussitôt jugé, aussitôt condamné.
Chez The Queen Is Dead Records, il y a eu à ce jour 2 cas de fraudes pour des artistes.
Le premier cas, c’est un artiste qui croyait vraiment payer pour des opérations de promotion d’un organisme qui a juste fait du farming pour gonfler déraisonnablement les chiffres d’un morceau : 0 stream, puis 20 000 streams le lendemain, et enfin 0 stream le surlendemain. Clairement un pic frauduleux. Impossible de contester qu’il s’agit de streams non-organiques. Au-delà de l’amende, c’est une stratégie qui ne sert à rien.
Le deuxième cas, c’est un artiste qui s’est retrouvé sur des playlists après être passé par Groover, qui prétend également être une entreprise de promotion. Son slogan : « Promote your music with results ». Une entreprise qui vous assure des résultats ne peut donc pas vous décevoir ! En même temps, s’il y avait 100% de succès pour tous les artistes qui sont passés par eux, il n’y aurait plus que des superstars dans l’industrie. Avec Groover, vous payez pour être écouté et avoir des commentaires plus ou moins pertinents (et qui semblent parfois même être des copiés-collés), et finir dans des playlists avec des gros chiffres de lectures, mais petit problème : les écoutes de ces playlists ne sont pas assurées d’être organiques. L’artiste en question n’a pas réussi à obtenir des réponses de la part de Groover pris la main dans le sac, évidemment.
Pour ce deuxième cas, aucune amende n’a été infligée, probablement car la fraude n’avait pas atteint les 2000 streams sur 3 jours. Je suppose. On n’a aucune idée des règles d’amendes de Spotify, elles ne sont écrites nulle part. Comme pour beaucoup d’autres procédures, j’essaye de les déduire par l’expérience et vous les présenter dans ce blog.



5. Le Grand Remplacement (musical)

Dans le livre « Mood Machine », la journaliste Liz Pelly évoque un programme qui se prépare chez Spotify : le développement de faux artistes créés par intelligence artificielle qui gangrèneraient la plateforme avec des morceaux créés par intelligence artificielle, pour submerger et noyer les artistes organiques qui devront partager leurs revenus avec des faux artistes derrière lesquels se cacheraient des complices de Spotify, voire des agents de la plateforme, qui seraient poussés par les algorithmes et les playlists « maison ». Ça fait peur.
Ce n’est pas un complot imaginé cet été, après la révélation de la supercherie « The Velvet Sundown ». C’est le fruit d’une enquête dont il était déjà question dans un article du Monde sortie en janvier 2025. Selon les personnes interrogées par la journaliste, parmi lesquelles d’anciens employés de Spotify, l’idée est que l’auditeur moyen serait incapable de faire la différence entre un vrai morceau produit par un artiste et un morceau généré par intelligence artificielle. Alors pourquoi Spotify se priverait-il ?
Avec la règle des 1000 streams par an impératifs pour être rémunérés, Spotify cherchait à faire des économies sur le dos des petits artistes indépendants, majoritaires, qui percevaient peu d’argent individuellement, mais énormément si l’on cumule les dizaines de millions de morceaux qui rapportaient quelques centimes chacun. En anéantissant cette tranche du marché, Spotify compte faire environ 40 millions de dollas d’économie. Avec pour but de faire retransiter cet argent vers ceux qui le « méritent » : les artistes professionnels et émergents. Et pourquoi pas Daniel Ek lui-même, qui sait ? Il pourrait se mettre à Suno aussi.
Avec l’avènement des faux artistes, on comprend la cible suivante : les artistes indépendants de moyenne envergure et ceux dans des petits labels sans accords commerciaux avec Spotify. Tout ce beau monde se fera couper l’herbe sous le pied en investissant un budget dans la production et la promotion, alors que les faux artistes ne coûter(ai)ent à Spotify qu’un abonnement à Suno, et ils seraient automatiquement mis en avant sur Spotify par la plateforme elle-même. A la fin, il ne restera plus que les artistes des Majors (que Spotify paye comme s’ils étaient des salariés et pas en fonction du nombre réel de streams) et les faux artistes de Spotify (qui serviront à remplir les caisses pour payer ces artistes des Majors). C’est chouette hein ? Aucun problème de conflits d’intérêt.



6. La Tragique Histoire du docteur Faust revisitée


Dans ses dernières conditions générales, Spotify annonce que, lorsque vous distribuez votre musique sur sa plateforme, vous lui accordez « une licence non exclusive transférable, pouvant donner lieu à une sous-licence, libre de droits, entièrement payée, irrévocable et mondiale pour reproduire, rendre disponible, exécuter et afficher, traduire, modifier, créer des œuvres dérivées, distribuer et utiliser de toute autre manière un tel Contenu utilisateur par le biais de tout support, seul ou en combinaison avec d’autres Contenus ou supports, de quelque manière que ce soit et par tout moyen, méthode ou technologie que ce soit, déjà connus ou créés ultérieurement, en relation avec le Service Spotify. Le cas échéant et dans la mesure permise par la loi applicable, vous acceptez également de renoncer à, et de ne pas vous prévaloir de tout << droit moral >> ou droit équivalent, tel que votre droit d’être identifié comme l’auteur de tout Contenu utilisateur, y compris les commentaires, et votre droit à vous opposer à un traitement dérogatoire de ce Contenu utilisateur. »
Des œuvres dérivées pourraient être des medleys (c’est mignon), des reprises (ça commence à être gênant), des remixes, des samplings, ou bien encore, puisqu’il est question ici de technologie par forcément déjà connue, d’intégration de votre musique dans la moulinette d’une intelligence artificielle qui s’inspirerait de votre musique pour créer de nouvelles œuvres, dérivées de votre musique donc. Vous voulez ça ? Si vous distribuez votre musique sur Spotify, alors vous confirmez votre accord pour ça. Vous êtes pragmatique et vous voulez que votre musique reste sur Spotify, je comprends. Êtes-vous prêt à tout accepter, est-ce que le jeu en vaut la chandelle (Larmina) ?
Le langage juridique, bien que se voulant précis, offre toujours une possibilité de multiples d’interprétations. Les généralités présentées dans le Spotify sont peu précises, et on pourrait facilement être soit endormi par le jargon technique, soit inquiet voire anxieux à la lecture de ce que tous ces termes impliquent comme possibilités pour Spotify, et interdictions pour les artistes.
On savait que, de facto, Spotify a « besoin » d’obtenir des droits pour traiter les morceaux en les modifiant (pour notamment des conversions de formats de fichiers et des ajustements de volume). Avec cette mise à jour, Spotify a prévu des conditions générales qui leur me permettront l’utilisation des morceaux transmis pour entraîner des intelligences artificielles (les siennes, peut-être celles de structures tierces). Les preuves ? Il n’y en a pas pour l’instant. Seulement des témoignages. Mais si je disais qu’à partir de maintenant j’ai le droit de voler vos yaourts qui sont dans votre frigo, c’est que je souhaite voler ces yaourts dans votre frigo : même si je n’ai encore rien fait, j’ai mis en place le cadre qui favorise mon méfait. Je volerai vos yaourts dans votre frigo et, même si tout le monde connaissait mon intention, ça restera juste une intime conviction collective tant qu’il n’y aura pas de preuves. Et je vous traiterai de complotistes pour embrouiller tout le monde et clôturer l’histoire.



7. Peut-on se passer de Spotify ?

Source : Reddit
Pour trouver les rémunérations d’artistes, certains blogs se contentent de multiplier le nombre de streams par la moyenne de rémunération du stream, or les grands artistes en maison de disque bénéficient d’accords spéciaux leur assurant une rémunération minimum quel que soit le nombre de streams.


Il y a quelques jours, j’ai échangé avec un artiste au sujet de la distribution digitale de sa musique sur Spotify. Il a pris la décision de faire sans Spotify. En 2025, c’est un acte révolutionnaire. Depuis 15 ans, on cite Spotify comme la référence : on ne demande pas à un artiste si sa musique est sur les plateformes de streaming, mais plutôt « ta musique est sur Spotify ? » parce que tout le monde est sur Spotify.
D’autres artistes axent déjà leur communication en mentionnant Deezer, ont une partie de leur public sur cette plateforme, et obtiennent des résultats surréalistes en matière de rapport nombre de streams / rémunération. Voici un exemple pour un premier album d’un groupe français :
• Deezer : 5500 streams, 34 € (moyenne de 0,006 € / stream)
• Spotify : 16000 streams, 10 € (moyenne de 0,0006 € / stream)
95% de l’intégralité des streams viennent de France, donc la localisation des auditeurs ne compte pas. Si le stream Deezer paye davantage, c’est probablement par son approche « user centric », différente du « market centric » de Spotify. De quoi ça parle ?
Un rapport de Jean-Philippe Thiellay du Centre National de la Musique, « User centric vs Market centric« , explique ceci :
« Les deux logiques sont très différentes : le user centric trace la consommation de l’utilisateur et répartit la redevance issue de son abonnement entre ayants droit des titres qu’il écoute ; le market centric considère l’abonnement davantage comme un droit d’accès à une discothèque universelle, versé dans un « pot commun » réparti entre ayants droit, en fonction de l’audience globale des titres par marché. De fait, dans ce système, les redevances issues d’un utilisateur peuvent contribuer à rémunérer des artistes qu’il n’écoute pas… »
Chez Spotify et Deezer, environ 75% du prix de l’abonnement mensuel est dédié à la rémunération des artistes (le reste, ce sont des frais de fonctionnement de la plateforme). Pour 12 €, on est en théorie à 9 € de « pouvoir de rémunération » par auditeur.
Avec Spotify, l’activité d’un auditeur unique est noyée dans les milliards de streams des 700 millions de ses utilisateurs (environ un tiers sont des abonnés premium). Ce n’est pas la proportion de ce que vous écoutez par rapport à votre pouvoir de rémunération qui est pris en compte, mais la proportion de ce que la planète entière a écouté par rapport au cumul des pouvoir de rémunération de tous les abonnés. C’est un pourcentage des écoutes mondiales (avec des variations des rémunérations selon des paramètres comme par exemple le pays d’écoute) qui est calculé pour partager un immense gâteau de rémunération en parts proportionnelles au nombre de streams (en excluant tous les petits artistes dont les morceaux font moins de 1000 streams par an, vous vous souvenez). Ce modèle, « market-centric » à la sauce de Spotify (sans pitié avec les petits), est très intéressant pour les artistes populaires qui ont énormément d’auditeurs. Et ce sont ceux-là que préfère Spotify.
Avec Deezer, si un auditeur n’écoute qu’un seul artiste dans le mois, ce dernier récupérera l’intégralité de ce pouvoir de rémunération. Si on pousse la logique jusqu’au bout, alors écouter un seul morceau, une fois dans le mois, rapporterait 9 € à l’artiste (à partager avec d’éventuels ayants droit). Ce qui reviendrait donc à un stream qui rapporte 10 €. Imbattable ! Bon, personne ne paye un abonnement mensuel pour écouter un seul morceau par mois, c’est vrai. Mais vous aurez compris que cette règle du jeu est très profitable aux petits artistes pour qui chaque auditeur compte. C’est le modèle « user-centric », qui donne véritablement le pouvoir à chaque auditeur de littéralement attribuer son pouvoir de rémunération uniquement aux artistes qu’il écoute. C’est paradoxalement moins égalitaire que le market-centric, mais plus juste en terme de mérite économique.



8. Mon histoire avec Spotify

2006 : tout nouveau, tout beau, simple et efficace.


En tant qu’auditeur, j’étais ravi de Spotify.
J’ai beaucoup aimé découvrir Spotify en été 2006. Cette plateforme a changé ma vie et a participé à mon épanouissement culturel, et j’y suis donc forcément très attaché. J’ai dévoré des heures de musique, dans mon petit appartement brestois, devant mes modestes petites enceintes Logitech. Spotify est devenu une partie de moi, une vitrine où j’ai rangé tout ce que j’aimais, et un outil qui m’a permis des premières écoutes d’œuvres qui m’ont transformé. Fini le piratage avec eMule et Limewire pour découvrir un album et décider si je veux l’acheter ou pas. Tout était bien rangé et immédiatement disponible, facile d’accès, mais n’en demeurait pas moins précieux. En 2006, certains morceaux que j’aimais n’étaient que sur Spotify. A l’époque, Youtube n’était pas encore la banque de données musicale que nous connaissons aujourd’hui.
En tant que musicien, y voir ma musique, « parmi les grands », était émouvant. Quand j’ai démarré le label The Queen Is Dead Records en 2015, j’avais en moi un élan de rébellion : pour la liberté, pour la musique, pour les artistes. Quand on a un projet musical, tout est cher, tout est difficile, tout est hors d’atteinte, tout est décourageant. Et j’ai décidé de partager mon optimisme et mon savoir-faire avec des artistes qui font de la musique qui me touche. Après avoir confectionné leur musique, on la met sur Spotify, c’est le joyeux rituel qui clôture l’étape de production. On se fiche totalement des gains du streaming, qui sont dérisoires, anecdotiques, mais dont chaque euro mérité rappelle les heures de travail, l’excitation de l’artisanat, et la délivrance mélancolique d’avoir obtenu un résultat final au-delà des espérances.
Depuis septembre 2021, The Queen Is Dead Records propose un service de distribution digitale à tous les artistes, plus seulement ceux du label, et j’ai plongé dans l’industrie d’une manière encore plus intensive.
En tant que distributeur digital, les pratiques de Spotify me font de plus en plus… soupirer : les amendes infligées aux musiciens sans possibilité de faire appel, la démonétisation des musiques pas suffisamment écoutées, l’hypocrisie de la tolérance des paiements pour les placements en playlists, le deux poids- deux mesures quand il s’agit de faire appliquer des règles aux petits ou grands artistes, les mensonges autour de l’intelligence artificielle…



Après avoir lu cet article, vous avez maintenant toutes les cartes en main pour faire votre choix en connaissance de cause.
Deux chemins s’offrent à vous : une visibilité maximale pour toucher le maximum d’auditeurs ou un engagement en faveur d’une répartition plus juste et pour davantage de justice. Ce dilemme est juste la transposition dans l’industrie musicale d’une question plus large : sommes-nous prêts à troquer quelques espoirs sociaux et conforts matérialistes contre une liberté morale peut-être utopique mais nécessaire ?
Si Spotify vous a déçu, vous pouvez quitter la plateforme. Vous perdrez sans doute un peu de visibilité, mais vous pouvez compenser en valorisant activement votre musique sur Qobuz ou Deezer, pour ne citer que nos plateformes françaises, qui rémunèrent plus. Expliquez-le à votre public : chaque écoute est un acte économique. Payer, c’est subventionner ; nous finançons ce que nous voulons voir survivre et grandir.
Si vous choisissez de rester sur Spotify pour préserver vos auditeurs, vous aurez fait passer l’économie avant l’éthique. Peut-être par pragmatisme, peut-être en attendant une alternative. Mais souvenez-vous : tant que nous restons dépendants du système que nous dénonçons, il ne changera pas.
Les petits artistes s’appauvrissent et les intelligences artificielles prennent le relais. C’est peut-être le signal qu’il nous faut : être déclarés « négligeables » nous libère du regard des plateformes. Reprenons notre liberté, et construisons un autre paradigme.
Nous avons besoin d’une émulation collective, d’en parler entre nous et autour de nous, agir, expérimenter. Si nous attendons la révolution pour devenir révolutionnaire, il se pourrait qu’il n’y ait aucune révolution, jamais.
Pour le moment, distribuer sa musique sur Spotify restera possible avec The Queen Is Dead Records. Dans la toute dernière mise à jour du formulaire de distribution digitale, vous pourrez désormais préciser si vous le souhaitez ou non.

A suivre.

L.A.

PS (25/10/2025) :
Désormais, chez The Queen Is Dead Records, les artistes peuvent choisir d’exclure Spotify de la distribution digitale de leurs sorties.
Le logo Spotify restera affiché sur les pages de sortie, mais le lien mènera vers une page spéciale indiquant qu’il s’agit d’un choix de l’artiste.
Cette page comportera également un lien vers cet article du blog expliquant les raisons pour lesquelles quitter Spotify peut être une décision pertinente. L’EP « Ash & Rose » de Nathalie Bernard & Hectory est la première sortie à s’inscrire dans cette initiative spéciale.

distribution digitale, Non classé, Témoignage

Streaming et rémunération : analyse et vrais chiffres

Les plateformes de streaming sont plus qu’opaques sur le montant de la rémunération par stream. Pour Spotify, on disposait déjà d’estimations non officielles, permettant de comprendre que la quantité de streams devait être mise en relation avec, par exemple, la zone géographique d’écoute. Il y a quelques semaines, Qobuz, l’autre plateforme de streaming française aux côtés de Deezer, a communiqué l’impensable : un chiffre !
Un stream sur Qobuz rapporterait 0.018 € contre 0,003 € chez Spotify (montant généralement considéré dans l’industrie musicale). J’ai décidé d’enquêter et d’analyser ses chiffres en matière de distribution digitale pour mettre les choses au clair.




1. Qobuz : le pavé dans la mare

Tout a démarré avec un étonnant post Facebook qui a motivé la rédaction de cet article : Qobuz sponsorisé par Europe 1. Et en plus Qobuz parle rémunération des artistes en donnant un chiffre. Une double surprise.

Spotify VS Qobuz : un tarif de base très similaire

Qobuz est la première plateforme de streaming musical à publier officiellement son taux de rémunération moyen par stream. Six fois plus que Spotify ! Comment cela est-ce possible ? Qobuz ne propose pas d’offre gratuite, chaque écoute est donc réalisée par un utilisateur qui paye un abonnement : le premier niveau d’abonnement chez Qobuz a un tarif mensuel de 12,49 € qui n’est pas si éloigné du tarif de Spotify à 11,12 €. Pour moins d’1,50 € de plus par mois, vous pouvez payer pour une offre de streaming plus avantageuse pour les artistes. Le commerce équitable coûte toujours plus cher que le marché « standard », mais rarement si peu par rapport aux gros industriels qui dominent le marché. Par ailleurs, Qobuz permet également le téléchargement de musique, qui rémunère davantage que le streaming.

A partir des données à disposition de The Queen Is Dead Records, vérifions ensemble si ces données se vérifient. La transparence « du moment » de la part de Qobuz révèle néanmoins une part d’ombre : l’annonce du taux de rémunération ne précise ni qu’il est en vigueur depuis toujours, ni qu’il vient d’être instauré cette année. Une transparence sans historique reste malgré tout une forme d’opacité. On fera avec !



2. Les chiffres

Ci-dessus, je vous présente un tableau complet de données qui ont été récoltées par The Queen Is Dead Records pour toutes les plateformes, ainsi que le détail et moyenne des données pour les sous-groupes Beatport, Facebook, Spotify, TikTok, Trebel et Youtube.

Les sous-groupes (exemples : Beatport, Beatport Stream, Beatsource) sont notés en italique et leurs données sont présentées dans des cases de couleurs plus pâles. Les groupes (exemples : BEATPORT, FACEBOOK) sont notés en gras et majuscules et représentent la moyenne des données des sous-groupes rattachés. Les données de sous-groupes et groupes sont rassemblées dans des cadres colorés (rose et vert en alternance).


3. Conditions de l’analyse : les chiffres de The Queen Is Dead Records

Streams totaux mesurés pour les sorties distribuées par The Queen Is Dead Records


Avant de chercher à lire et interpréter les informations du tableau général, il faut comprendre les conditions d’obtention de ces données.

Au 18 avril 2025 (date du début de rédaction de cet article), le service de distribution de The Queen Is Dead Records compte un total de 580 000 streams partagés entre 311 artistes, 1330 titres, 140 singles, 61 EPs et 77 albums. Ces streams sont divisés en deux systèmes de gestion qui fonctionnent en parallèle :

• De juillet 2013 jusqu’à aujourd’hui :
150 000 streams réalisés dans le cadre d’AWAL, un distributeur digital qui n’est pas ouvert au grand public et qui est relativement restrictif dans les marges de manœuvre. Cela englobe uniquement les sorties du label jusqu’à septembre 2021, et aussi la première année de distribution digitale assurée par The Queen Is Dead Records, de septembre 2021 à août 2022. Depuis septembre 2022, aucune nouvelle sortie n’est passée par AWAL, mais les sorties réalisées lors de cette première année sont restées dans ce système de gestion d’AWAL, et des données actualisées concernant ces sorties continuent donc d’être récoltées.

• De septembre 2022 à aujourd’hui :
430 000 streams réalisés dans le cadre actuel avec une gestion directe qui permet beaucoup plus de libertés. Puisqu’il s’agit du système qui comporte le plus de données (trois fois plus qu’avec le système AWAL), j’ai réalisé mon enquête uniquement avec cette source, pour éviter des mélanges avec des soucis d’alignement potentiels car les bases de données ne présentent pas exactement la même forme ni les mêmes types de données.

Ces 430 000 streams permettent d’avoir des données suffisamment fournies pour mener une analyse avec un relatif recul. Toutes ces données (un document Excel de 75 000 lignes et 20 colonnes) accordent une légitimité et donc une certaine crédibilité aux observations qui seront proposées dans cet article.



4. Choisir, c’est renoncer

A chaque zone géographique sa plateforme de streaming (Source)


Un tableau avec autant de lignes, ce n’est pas très parlant : le balayage visuel demanderait trop de temps et d’efforts physiques. Et d’efforts intellectuels. En effet, il est difficile de distinguer des proportions et contrastes avec tant de valeurs inférieures à 1 (« Est-ce qu’il y a 5 zéros après la virgule, ou 6 ? »). Qu’il s’agisse d’un tableau ou d’un graphique, l’exhaustivité perd ici de sa pertinence. Il faut donc moins de plateformes de streaming.

Je vais donc abandonner deux profils de plateformes de streaming :

• Pas la cible : certaines plateformes sont inconnues par chez nous car elles sont destinées à certaines zones géographiques hors de l’Europe. Ces plateformes, ainsi que celles pour lesquelles je n’ai jamais vu une mention publique (article, publicité, documentaire, discussions avec des musiciens, etc.), vont donc être éliminées.

• Trop peu de données : certaines plateformes n’ont pas beaucoup de points de données, et donc il n’est pas possible de faire ressortir de véritables tendances. Ces plateformes sont, pour la plupart, destinées à certaines zones géographiques hors de l’Europe, mais une plateforme européenne avec peu de données serait aussi laissée de côté.

Considérant ces deux points, ma sélection de plateformes va se limiter à celles que nous connaissons en Europe, avec suffisamment de données pour être en mesure en tirer une interprétation. Je conserve donc 12 plateformes de streaming : Beatport, Qobuz, iTunes, Amazon, Tidal, Deezer, TikTok, Facebook, YouTube et Instagram, auxquelles je vais ajouter une treizième. Je ne peux pas ne pas tenir compte de Tencent qui est, certes, le leader du streaming musical pour le territoire chinois (seule zone couverte), mais qui réussit le chiffre incroyable de 555 millions d’utilisateurs sur 1,5 milliards d’habitants. A titre de comparaison, Spotify réalise un score légèrement supérieur, 675 millions d’utilisateurs à travers le monde.
Tencent mérite donc d’être intégré à l’analyse..



5. Ne croyez pas les tableaux de données

Exemple de tableau typique qui propose des données fixes et donc totalement inexploitables qui ne se vérifient jamais en pratique.

Maintenant que j’ai fait mon choix des 13 plateformes à considérer, je peux réaliser un tableau de données, comme ceux qu’on a l’habitude de trouver sur internet (voir ci-dessus). Pour faire une analyse, il faut savoir quelles données on va regarder, extraire, mettre en parallèle. La rémunération pour un stream unique semble le plus évident et facile à faire. Tout le monde fait ça sur internet. Mais avec cette approche, on va droit dans le mur.

Pour chaque plateforme de streaming, il n’y a pas de rémunération unique pour un seul stream. Selon les offres auxquelles ont souscrit les auditeurs, et leur localisation géographique, un stream ne rapporte pas la même chose à l’artiste (et on verra plus tard qu’il y a d’autres paramètres « étonnants » qui peuvent entrer en jeu). C’est pourquoi, même si on l’a tous fait depuis des années, il n’est donc pas raisonnable de rechercher un tableau avec des valeurs fixes pour chaque plateforme, car ces valeurs ne se confirment pas dans le monde réel.

En outre, les valeurs de rémunération par stream que l’on peut trouver sur internet sont rarement datées. Considérons le tableau ci-dessus, dont la source est Digital Music News. Ces mêmes exactes données sont trouvables sur le web dans des publications d’avril 2020, décembre 2021, juillet 2024, novembre 2024 alors que des chiffres inférieurs pouvaient déjà être visibles en avril 2020. Quelle est la différence entre ces valeurs différentes : la date ou la source ? Les valeurs les plus basses sont vraisemblablement les plus récentes, mais toutes ces données sont certainement périmées car déjà toutes exposées en 2020.

Au final, aucun tableau de données ne pourra être considéré comme « le bon ». On ne peut donc pas s’appuyer sur ce genre de documents pour avoir une information précise qui servirait pour des calculs. Certes, on pourrait estimer que ça a un intérêt en donnant un ordre d’idée. Mais il existe, au sein d’une même plateforme, des écarts tels que la moyenne serait une approximation juste inexploitable. Plus le spectre est large, plus il faudra des points de repères différents pour avoir suffisamment d’angles pour comprendre ce que l’on regarde. Il faudra donc considérer plusieurs données pour chaque plateforme.



6. Méthode d’analyse : la moyenne et la médiane

Faisons un peu de maths !

Plus les points de données (unités d’information chiffrée appartenant à un groupe de données) sont nombreux, plus les analyses statistiques pourront être fiables. S’il y a une seule donnée pour une plateforme de streaming particulière, on aura forcément la même valeur pour le minimum, le maximum, la moyenne et la médiane. Aucun intérêt donc, car aucune statistique ne serait possible avec juste une donnée isolée.
Parmi ces statistiques que permettront de saisir une tendance globale, il faut distinguer les moyennes et médianes.

La moyenne est la somme des valeurs divisées par le nombre de valeurs. La médiane est la valeur qui se situe au milieu d’un ensemble de données triées dans un ordre croissant/décroissant : il y a autant de valeurs supérieures qu’inférieures.
Par exemple, considérons les données suivantes : 1, 2, 3, 4, 100.
La moyenne, influencée par la valeur extrême (100) est 22 ; la médiane est 3. Sacré écart ! Aucune des données n’est plus vraie ou précise que l’autre. Considérer les deux en même temps reste important pour avoir deux angles différentes offrant deux visions superposées donc de la matière pertinente et inspirante pour une synthèse tout en tenant compte de données exceptionnelles qui sortent du lot et qu’il faudra essayer de comprendre.

Pour étudier les variations internes à chaque service, il faut à la fois considérer les valeurs extrêmes qui sont des informations marquantes et aussi ne pas les laisser biaiser la tendance générale. Pour mon analyse, je ne retiendrai donc pas la valeur modale (ou « mode »).
La faiblesse principale dans l’analyse des valeurs modales réside dans le fait qu’elle se focalise uniquement sur les fréquences les plus élevées, sans prendre en compte la répartition globale des données.
Par exemple, considérons les données suivantes : 1, 1, 1, 99, 99, 100, 100, 101, 101.
La « mode » (valeur modale) est 1, car il s’agit de la donnée la plus fréquemment observée (3 occurrences), passant alors sous silence des données plus éloignées (99, 100 et 101) moins fréquentes (2 occurrences). Ces valeurs, moins fréquentes, bien que différentes, forment un ensemble cohérent et plus représentatif de la distribution générale des valeurs.
L’étude de valeurs modales manquerait de recul, en allant trop dans le détail de manière partielle et d’une pertinence un peu aléatoire voire douteuse.
Cela soulève une question cruciale : faut-il regrouper certaines données pour en calculer une moyenne ? Et si oui, selon quels critères ? La réponse n’est pas évidente.? Et si oui, quels regroupements seraient pertinents ? La réponse est loin d’être simple.

Puisque la médiane résiste aux extrêmes, et que la moyenne est influencée par les extrêmes, et puisqu’on souhaite avoir une vision précise et complète à la fois, le croisement des perspectives de médiane et de moyenne offre pour moi la recette idéale, simple et efficace, pour se faire une idée plus complète d’un ensemble à appréhender.

L’écart entre moyenne et médiane doit être lu en se posant 2 questions :
– Les valeurs sont-elles identiques/proches ou pas ?
A partir de 10% d’écart, on peut estimer que l’écart est notable
– Si les valeurs sont éloignées, laquelle est supérieure ?
• Moyenne > Médiane (asymétrie à droite) :
il y a quelques valeurs élevées isolées qui boostent artificiellement la moyenne
• Moyenne < Médiane (asymétrie à gauche) :
il y a quelques valeurs très faibles isolées qui font chuter la moyenne



7. Un premier graphique

Cliquez sur le graphique pour l’agrandir

Voici le graphique de ma sélection de 13 plateformes de streaming, en mettant en relief les moyennes et médianes des valeurs de « rémunération par stream » (d’après les données du tableau initial – précision importante).

La première chose qui saute au yeux, c’est un écart entre la valeur moyenne et la valeur médiane, ce qui indique que le stream ne rapporte pas toujours le même revenu au sein d’une même plateforme.

Les noms de plateformes en majuscules désignent des groupes rassemblant plusieurs types de données : ces données sont composées de différentes entités, différents programmes, avec des taux de rémunération différents. Pour des raisons de lisibilité, j’ai choisi de fusionner les données de ces groupes, afin d’obtenir une valeur simple (une moyenne globale) à exposer de manière intelligible. En contrepartie, cela signifie donc que cette moyenne générale représente un amalgame, avec pour résultat une donnée très abstraite. Il faudra donc étudier plus en détail ces groupes. Et ce sera fait dans cet article.

Il faudra également distinguer les plateformes qui donnent l’accès à des streams et celles qui proposent des téléchargements, et celles qui proposent les deux. Les téléchargements rapportent davantage puisqu’il s’agit d’achat pur et dur, le stream s’apparentant davantage à une location. Les plateformes qui font les deux à la fois feront donc chuter leur taux de rémunération à cause du streaming, ou feront grimper leur taux de rémunération grâce aux téléchargements – tout est une question de point de vue. Toutes les plateformes ne devront pas être évaluées de la même manière : si les données le permettent, on pourra faire des distinctions pour avoir une analyse plus juste.



8. Des plateformes aux visages multiples

Dans le tableau initial, les données sont communiquées en faisant des distinctions entre différents programmes ou différentes entités d’un même groupe. Pour davantage de clarté (et quelques révélations intéressantes) qu’avec le premier graphique qui regroupe des sous-groupes, il faudra une analyse avec un peu plus de profondeur pour notamment éviter deux choses :

– des amalgames entre sous-groupes rattachés à un même groupe (par exemple Beatport, Beatport Stream et Beatsource pour BEATPORT), mais présentant des taux de rémunération distincts

– des analyses de données insuffisantes invisibilisées par des moyennes générales (si un sous-groupe a très peu de données, son coefficient serait trop fort par rapport à un autre sous-groupe où il y aurait énormément de données).

Regardons d’un peu plus près l’intégralité des données des sous-groupes, moyennes et médianes, enrichies des minimums et maximums pour se faire un avis plus précis sur les écarts entre entités d’une même enseigne.



9. Beatport, électro mais pas que

L’entrée « BEATPORT » regroupe trois entités :

a – Beatport
C’est la plateforme de téléchargement de musique électro que vous connaissez déjà probablement.
Minimum : 0,06 € / Maximum : 1,14 €
Moyenne : 0,13 € / Médiane : 0,10 €
La médiane est proche du minimum : cela signifie qu’il y a une large majorité de valeurs basses rapprochées, et quelques téléchargements avec un taux intéressant qui rapportent 64 centimes par titre.
On peut considérer comme étonnant qu’il y ait un écart aussi large pour du téléchargement : rémunérer un titre à seulement 3 centimes est clairement faible, surtout quand on sait que le prix par titre est au moins d’1 €. Grande est la marge !

b – Beatport Streaming
Service moins connu, c’est la version streaming de Beatport, avec le même contenu que le Beatport standard mais qui fonctionne avec un abonnement.
Minimum : 0,08 € / Maximum : 0,09 €
Moyenne : 0,08 € / Médiane : 0,08 €
La médiane et la moyenne sont très proches, et il y a un très petit écart entre les valeurs minimum et maximum : ce service de streaming est clairement plus égalitaire que d’autres plateformes, au point même de rémunérer un stream potentiellement plus qu’un téléchargement sur Beatport (3 centimes VS 4 centimes).

c – Beatsource
Une plateforme méconnue, ne contenant pas exclusivement de la musique électro comme Beatport (plutôt orientée pop et mainstream), et avant tout à destination des DJ qui auront accès, via des logiciels de DJ, à des versions spéciales de morceaux, telles que des intros étendues, des versions instrumentales ou des versions a cappellas.
Minimum, maximum, moyenne, médiane, : 0,16 €
Contrairement aux autres plateformes pour lesquelles j’ai des centaines voire des milliers de lignes de données à analyser pour en déduire des tendances, je n’ai ici pour Beatsource qu’un seul stream pour un seul titre. Sa valeur, presque 10 centimes, est très haute, et cet ordre d’idée de rémunération correspond à ce que la plateforme communique elle-même : elle annonce une moyenne de 15 centimes (d’euro) par stream. Nous ne connaissons pas les écarts entre des valeurs minimum et maximum, ni selon quels critères serait établi un barème. Quoi qu’il en soit, c’est beaucoup plus que Spotify, et c’est logique car cette plateforme s’adresse à une niche d’auditeurs avec des abonnements payants.



10. Spotify, sans pitié

L’entrée « SPOTIFY » correspond à deux différentes lignes de calcul :

a – Spotify
Spotify, tout le monde connaît, est très complexe et cela mérite quelques détails au sujet du barème.
Minimum : 0 € / Maximum : 0,025 €
Moyenne : 0,0042 € / Médiane : 0,0037 €
• 0 € quand il y a fraude aux streams, un cas exceptionnel mais connu par The Queen Is Dead Records et qui existe donc factuellement dans mon tableau de données (avec une ligne additionnelle « Spotify artificial charge » et une valeur négative correspondant à l’amende payée par le distributeur digital, que l’artiste doit rembourser ensuite).
• 0 € quand un titre n’a pas atteint 1000 streams sur les 12 derniers mois, il ne déclenche alors aucune rémunération.
• 0, 0000000016 € par stream pour la Biélorussie (le plus petit taux relevé) ; à ce taux, il faudra donc 1 milliard de streams pour pouvoir s’acheter une chocolatine.
La moyenne de 0,0035 annoncée sur plusieurs sites n’a aucun sens, cette donnée est inexploitable car il y a beaucoup trop de variations. Un élève qui obtient successivement 0, 10 puis 20/20 n’est pas simplement « un élève à 10 de moyenne » : chaque note peut révéler une singularité qu’il convient d’interpréter: c’est un cas qui requiert une analyse en profondeur car chaque valeur pourrait être une anomalie dans la tendance.
La zone géographique d’écoute et le statut de l’auditeur (offre payante ou gratuite) changent grandement le taux de rémunération. Ainsi que le niveau de notoriété de l’artiste : les majors (Universal, Sony, Warner) ont historiquement signé des accords globaux de licence avec les plateformes, assurant parfois des minimums garantis, mais à l’échelle du catalogue, pas par artiste. Impossible de tracer avec précision ces montants accordés aux artistes indépendamment du nombre de streams réalisés. Avec ces paramètres, il aurait été intéressant de calculer la rémunération moyenne par stream (même si ce n’est pas la base de calcul, vous l’aurez bien compris).

b – Discovery Mode
Il s’agit d’un programme promotionnel lancé par Spotify pour booster la visibilité de certains morceaux via ses algorithmes de recommandation (notamment les playlists comme Radio de l’artiste, Autoplay – lecture automatique après la lecture d’un autre morceau -, Découvertes de la semaine, Mix du jour personnalisé pour l’utilisateur). Les playlists éditoriales créées organiquement par les équipes de Spotify ne sont pas incluses dans ce programme.
Minimum (prélevé) : – 0,00001 € / Maximum (prélevé) : – 0,0023 €
Moyenne (prélevée) : – 0,0012 € / Médiane (prélevée) : – 0,0016 €
Des valeurs négatives ? Oui ! Pour chaque stream d’un titre bénéficiant de ce programme, le calcul de la rémunération se fait en prélevant entre 30 et 50% du taux prévu (entre 0,000008 € et 0,0014 € par stream) : les morceaux promus via ce programme sont moins bien rémunérés.
Si vous gagnez des streams que vous n’auriez pas gagné via vos stratégies promotionnelles personnelles, c’est tout bénèf pour vous. Toutefois, si votre fanbase écoute vos morceaux via des playlists Discovery et pas via votre profil Spotify, vous risquez d’y perdre financièrement. En effet, un même morceau peut avoir deux taux de rémunération différents selon son mode d’écoute : ce qui implique que l’intégration du programme Discovery ne plombe pas le taux de rémunération de ce morceau hors du programme Discovery, autrement dit ce taux réduit ne s’applique qu’aux écoutes générées par ce programme promotionnel.



11. TikTok, une ambition à la baisse

L’entrée « TIKTOK » intègre les données de deux services différents :

a – TikTok
Le service vidéo de TikTok, a d’excellents chiffres pour une plateforme vidéo. Les chiffres sont similaires à ceux de Spotify.
Minimum : 0,00014 € / Maximum: 0,018 €
Moyenne : 0,0054 € / Médiane : 0,0037 €
Pour mieux comprendre ces taux, mettons les en perspective par rapport aux taux relevés pour Instagram, son concurrent direct :
Minimum : 0,00000009 € / Maximum : 0,07€
Moyenne : 0,0022 € / Médiane : 0,000015 €
On pourrait se dire que TikTok est plus généreux avec les artistes. Néanmoins, la rémunération n’est pas qu’une question de chiffres, il faut s’intéresse également à la méthode de rémunération. La spécificité de TikTok est que la plateforme ne rémunère pas les artistes en fonction du nombre de lectures de leurs morceaux (autrement dit, le nombre de « vues » de vidéos utilisant leur musique), mais en fonction du nombre de vidéos qui utilisent leur musique. Il vaudra mieux que votre morceau soit utilisé une fois dans 100 vidéos différentes, que 100 fois dans une seule. (Enfin… vous avez compris l’idée). Ce modèle est finalement très peu avantageux pour les artistes, d’autant plus que cette plateforme vidéo a véritablement besoin de la musique pour exister : « 88% des utilisateurs de TikTok déclarent que le son est essentiel dans l’expérience TikTok », voire même qu’il est « presque impossible de séparer un TikTok de sa musique, sinon la vidéo n’a plus aucun sens. » (Source)
Plus haut, il était déjà expliqué que les tableaux de données de rémunération par stream n’étaient pas fiables. Avec TikTok, on peut aller encore plus loin : le modèle de TikTok ne permet pas d’associer un stream à une valeur de rémunération puisque c’est le nombre de créations de vidéos de support de la musique qui est comptabilisé. Des millions d’écoutes peuvent donc rapporter une petite poignée d’euros.

b – TikTok Music
Un service qui avait pour objectif de concurrencer Spotify.
Moyenne : 0,0028 € / Médiane : 0,0031 €
Minimum : 0,0016 € / Maximum: 0,0036 €
TikTok Music a été lancé le 7 juillet 2023 par Bytedance, le groupe propriétaire de TikTok. En 2020, le groupe avait lancé Resso, une application dont le concept est similaire et disponible uniquement pour l’Inde, l’Indonésie et le Brésil. Histoire de se faire la main. TikTok Music était un projet ambitieux, qui devait non seulement remplacer Resso mais aussi conquérir de nouveaux territoires comme l’Australie, Singapour et le Mexique. TikTok Music a été fermé après un peu plus d’un an d’existence, le 28 novembre 2024 pour concentrer les ressources vers de nouveaux projets.



12. Youtube, la roulette

L’entrée « YOUTUBE » correspond à 3 entités :

a – Youtube Content ID
C’est l’outil de détection automatique de contenus protégés par des droits d’auteur dans les vidéos mises en ligne.
Moyenne : 0,005 € / Médiane : 0,0003 €
Minimum : 0,00000004 € / Maximum: 0,08 €
il ne s’agit pas à proprement parler d’une rémunération par stream mais d’un usage tiers de votre musique dans une vidéo monétisable qui rémunère proportionnellement aux expositions des « vieweurs » aux publicités. Concernant les abonnés Premium (payants) qui échappent aux intermèdes publicitaires (100 millions sur 2,5 milliards d’utilisateurs, soit 4%), c’est le temps d’écoute relatif qui permet d’accorder une part de la somme qu’ils reversent à YouTube.
En théorie, avec un modèle user-centric, si un abonné payant n’écoutait qu’un artiste pendant le mois, ce dernier bénéficierait de 100% de la part consacrée des 12,99 € de son abonnement, soit environ 9 € (YouTube conserve 30% de commission). Mais le modèle est market-centric : les revenus des abonnements sont mis en commun dans un pot global, et sont ensuite répartis au prorata des streams (pondérés par type de contenu, territoire, abonnement gratuit/payant, et d’autres paramètres pas toujours bien connus). Le montant de la rémunération est donc relativement aléatoire.

b – YouTube Shorts
Le service de vidéos courtes verticales, concurrent de TikTok et des reels d’Instagram.
Moyenne, médiane, minimum, maximum : 0,000007 €
Même si les chiffres collectés semblent indiquer la stabilité d’un taux de rémunération, la réalité est que la musique utilisée est proportionnellement rémunérée selon sa présence dans des vidéos. Jusqu’en 2022, les ayants droit ne percevaient aucune rémunération pour l’utilisation de leur musique dans des « shorts ». Depuis 2023, une partie des revenus publicitaires générés par ce service est mutualisée puis redistribuée entre les créateurs de contenu vidéo et les titulaires des droits musicaux.
Comme pour le service YouTube Content ID, une partie des revenus publicitaires générés par ce service (total auquel on retranche la commission de YouTube) est mutualisée et redistribuée entre les créateurs de contenu vidéo et les titulaires des droits musicaux. Là encore, le montant de la rémunération n’est pas anticipable.

c – YouTube Music
Ce service est le moins connu de YouTube, puisqu’il s’agit d’un service de streaming musical similaire à Spotify, Deezer ou Apple Music.
Moyenne : 0,005 € / Médiane : 0,0028 €
Minimum : 0,000006 € / Maximum: 1,07 €
De la même manière qu’un Spotify, la rémunération dépend du nombre de streams et des revenus générés par les abonnements ou la publicité. Comme pour tous les services de streaming, la valeur du stream varie. La moyenne estimée que l’on trouve parfois au gré de recherches sur internet, oscillant entre 0,006 et 0,008 €, est surévaluée.



13. Facebook, Youtube en un peu moins bien

Le groupe « FACEBOOK » consiste en 2 entités :

a – Facebook (Facebook Monetization)
Aussi appelé « Facebook Monetization« , ce service est l’alter ego de « Youtube Content ID » pour les vidéos générées sur Facebook à partir d’un audio contenu dans la base de données Meta (Meta Music Library).
Minimum : 0,00000006 € / Maximum: 0,07 €
Moyenne : 0,0027 € / Médiane : 0,000016 €
Quand votre musique est utilisée sur Facebook ou Instagram (dans une Story, un Reel, une vidéo, etc.), Meta peut monétiser ce contenu en affichant de la publicité autour (ou dans) la vidéo (une vidéo pas monétisée par son créateur). Cela peut être une pause pub au milieu (mid-roll), une pub avant la vidéo (pre-roll), une bannière (overlay). Les trois bénéficiaires des revenus publicitaires sont Meta, qui garde une part (souvent autour de 30%) et les ayants droit de la musique (vous, votre label, distributeur, éditeur). A noter : si le créateur du contenu est un partenaire « éligible », alors il percevra des gains dans le cadre du programme « Facebook Revenue Share ».
Plusieurs paramètres influent sur les gains : la durée d’utilisation de la musique, le nombre de vues de la vidéo – donc le nombre d’affichages publicitaires, la zone géographique (par exemple une pub aux USA rapporte plus qu’une pub en Inde), le type de publicité (les gains varient d’une pub à l’autre).

b – Facebook Revenue Share
Tandis que Facebook Monetization (« Content ID ») assure une rémunération automatique, le programme « Facebook Revenue Share » concerne les vidéos monétisées, plus longues, réalisées par des créateurs partenaires.
Minimum : 0,0002 € / Maximum: 0,04 €
Moyenne : 0,0054 € / Médiane : 0,0016 €
Pour chaque vidéo, les revenus sont partagés à 3 : Meta à 30%, le créateur de la vidéo à 55% et les ayants droits à 15%. S’il y a plusieurs artistes dont la musique est utilisée dans une même vidéo, ces 15 % devront être partagés entre tous les ayants droit concernés. Ce cadre peut sembler moins intéressant que Facebook Monetization pour les musiciens, mais le programme Facebook Revenue Share ne concerne que des vidéos générant un volume de vues conséquent.



14. Qobuz : des angles morts


Le point de départ de cet article, c’est une publicité aperçue sur Facebook : elle annonçait une rémunération de 18,02 € pour 1000 écoutes, soit 0,018 € par stream.
Voici ce que montrent mes données :
Minimum : 0,0046 € / Maximum : 0,82 €
Moyenne : 0,020 € / Médiane : 0,016 €

Moyenne et médiane semblent confirmer l’ordre de grandeur de 0,018 €, mais plusieurs angles morts empêchent de conclure avec certitude.

a – Données mélangées entre streaming et téléchargement
Qobuz propose aussi des téléchargements, et les rémunérations que je reçois mélangent les deux. Cela fausse la moyenne « par unité » si l’on cherche à isoler le revenu par stream. Même chose pour Apple et Amazon : mes données ne distinguent pas Apple Music d’iTunes, ni l’offre de téléchargement Amazon Music de son offre de streaming, ce qui empêche de séparer clairement streaming et ventes, donc d’analyser des tendances de rémunération.

b – Une rémunération calculée selon un modèle market-centric
Un article de mars 2025 le confirme : Qobuz applique un modèle market-centric, autrement dit au prorata des écoutes globales.
1 % des streams = 1 % des revenus totaux
Mais ce calcul dépend de plusieurs variables :
– Le type d’abonnement (Classique ou Sublime)
– Le chiffre d’affaires total du mois
– Le nombre total de streams
Ces facteurs rendent impossible l’existence d’un taux fixe par stream. Et si le modèle est mathématiquement proportionnel, il est socialement inéquitable : les artistes de niche, même avec un public fidèle, restent désavantagés : leurs auditeurs n’ont aucun contrôle sur la répartition de leur abonnement.

c – Ecarts extrêmes entre minimum et maximum
Une rémunération allant de 0,0046 € à 0,82 € laisse penser qu’une part importante provient de téléchargements, dont le prix est variable. Par exemple, un album peut être vendu 18,99 €. Avec un abonnement « Sublime » à 199,99 €/an, une réduction allant jusqu’à 60 % est parfois appliquée. Cela signifie que l’acheteur ne paie que 40 % du prix initial. Pour que l’abonnement soit rentable, il faut économiser 200 €. Or, 60 % d’un prix, c’est 0,60 € économisé par euro dépensé : il faut acheter pour environ 333 € d’albums à prix normal, soit environ 30 albums à 18,99 €. Tous les utilisateurs ne feront pas l’acquisition de 30 albums par an. Le chiffre d’affaire fluctuera donc selon non seulement le nombre d’abonnés à « Sublime« , mais aussi le nombre de téléchargements payants qu’ils réaliseront. Dans un modèle market-centric, ces fluctuations s’ajoutent à l’irrégularité déjà existante, rendant toute estimation d’une valeur fixe par stream encore plus instable.

d – Un tarif annoncé dont la stabilité est inconnue
Nous ne savons pas depuis quand le tarif de 0,018 € par stream est pratiqué. Peut-être est-ce récent, expérimental, ou non généralisé. Si ce montant était stable depuis longtemps, Qobuz aurait sans doute déjà communiqué dessus. Or, à ma connaissance, aucune campagne antérieure ne s’en est vantée.

e – Le distributeur digital, zone grise dans la chaîne
Avant d’atteindre l’artiste, l’argent généré par les plateformes de streaming transite par un intermédiaire incontournable : le distributeur digital. C’est l’un des premiers facteurs d’irrégularité dans les valeurs perçues.
Le taux de change joue un rôle non négligeable : selon le pays où est basé le distributeur, la devise de référence peut varier — USD (dollar américain), EUR (euro), AUD (dollar australien), CNY (yuan), etc. Le montant final perçu par l’artiste peut donc fluctuer selon le moment du retrait ou de la conversion.
Mais une autre question se pose : qu’en est-il de la transparence réelle des distributeurs ? L’artiste est souvent contraint de faire confiance à son distributeur quand celui-ci affirme : « Voici l’intégralité des revenus perçus pour vous ». Or, il n’est pas exclu que les plateformes de streaming appliquent des traitements différenciés selon les partenaires — certains distributeurs recevant des taux de reversement plus avantageux que d’autres. Dans un écosystème où les données sont rarement vérifiables de bout en bout, toutes les hypothèses restent ouvertes. Et cela ne fait que renforcer le besoin de transparence à chaque maillon de la chaîne.



Avec la communication d’un chiffre précis (0,018 € par stream), Qobuz semblait inaugurer une nouvelle ère de transparence dans l’industrie musicale. Malheureusement, à y regarder d’un peu plus près, ce chiffre s’inscrit dans un système opaque. Mais Qobuz n’est pas le mouton noir de l’industrie. Cette étude confirme que nous sommes bien loin de ce que laissaient penser des tableaux de valeurs moyennes que l’on peut trouver ici ou là dans les internets : toutes les données que vous trouverez sont… fausses ou, au mieux, largement contestables.
Les données collectées par The Queen Is Dead Records, et analysées en toute transparence, montrent que la rémunération par stream varie fortement, d’une structure à l’autre, et même au sein d’une même structure (voyez les écarts vertigineux entre certains minimums et maximums). Les règles réelles sont entre floues et inconnues. Dans le meilleur des cas, les règles présentées sont partielles, et aucune notification ne circule à chaque remaniement paramétrique ou structurel du système de rémunération. Tout est abstrait, laissant place à des possibles fraudes (et complotismes, vous diront les Spotify, Deezer et autre Apple Music).
Tant que les artistes continueront de croire sur parole les « valeurs par stream » relayées sur internet — souvent sans sources fiables, mais avec un aplomb impressionnant — rien ne changera. Si nous, artistes et labels, cessons de prendre ces chiffres pour des vérités universelles, alors nous pourrons enfin exiger des plateformes une transparence réelle. Aujourd’hui, aucun détail n’est accessible, et nous continuons de naviguer à vue.
Alors, déçu ?

L.A

distribution digitale, Non classé, Témoignage

La fraude au streaming : amende pour The Queen Is Dead Records

Ça y est, je viens de payer ma première amende de Spotify ! Bien sûr, à titre personnel, je n’ai rien fait de mal (je suis bien trop pur et innocent). Mais un artiste, dont The Queen Is Dead Records a distribué une sortie, a payé une pseudo-structure de promotion/marketing pour gonfler artificiellement ses streams. Et désormais, ce genre de pratique ne passe plus du tout sur Spotify ou les autres plateformes.
C’est une bonne chose, globalement, que les tricheurs ne soient plus récompensés. Sauf que, en tant que distributeur digital, The Queen Is Dead Records se voit infliger une amende dès qu’une fraude au streaming est constatée. Car oui, il incombe désormais au label ou au distributeur digital de surveiller toute activité suspecte. Bien, je vais donc surveiller tout le monde. En attendant le prochain chapitre, quand nous aurons réussi à nous affranchir de l’hégémonie de Spotify.



1. Rappel de la loi


Quand il est question de payer des amendes, on n’utilise plus le terme « règle ». « Loi » s’impose. Dans des précédents articles (voir références au bas de cet article), on avait déjà vu que payer pour gagner des streams n’était ni efficace, ni légal. En effet, si vous faites appel à une structure de « promotion/marketing » pour manipuler artificiellement vos chiffres d’écoute, et que plusieurs indicateurs de fraude se recoupent, vous serez accusé d’avoir permis, encouragé, ou toléré une telle manipulation.
Une activité de streaming est considérée comme « anormale » d’après une combinaison de facteurs parmi lesquels (liste non-exhaustive) :

• Sources géographiques incohérentes :
Vous obtenez habituellement 20 streams par semaine provenant de Bourgogne, puis soudainement, 10 000 streams de Thaïlande et 10 000 du Brésil. Ça n’a aucun sens : grillé !

• Distribution TRES inégale des streams dans une discographie:
⮕ Il y a une source unique, un auditeur, qui fait tourner en boucle votre album des centaines de fois sans aucun répit 24h/24 et 7 jours/7 alors que les précédentes sorties avaient 1 stream par mois : peut-être un nouveau fan monomaniaque vient de vous découvrir, peut-être est-ce vous-même qui écoutez votre musique pour avoir quelques centimes avec (enfin !) un auditeur. Ce n’est pas ce qui est considéré comme une activité normale organique.

• Distribution TRES inégale des streams dans un album :

⮕ Si un morceau atteint 100 000 streams, mais que les autres titres de l’album peinent à dépasser 5 streams, cela attire l’attention. Parce que les bots n’ont ni coeur, ni oreilles, c’est exactement ce qu’il se passe quand il y a une fraude au streaming.

• Taux de saut des streams (skip rate)

⮕ Le stream est comptabilisé et donc rémunéré après 30 secondes d’écoute. Si personne n’écoute jamais vos morceaux au-delà de la 31ème seconde, difficile de ne pas comprendre qu’il s’agit d’une arnaque aux streams. A moins que vos morceaux ne soient passionnants pendant 30 secondes puis insupportables à 0’31.

• Activité selon territoire

⮕ Vous avez 5 000 streams d’un pays un jour, puis 0 le lendemain et 5 000 d’un autre pays. Non, votre auditoire ne migre pas de manière intégrale d’un pays à l’autre du jour au lendemain. Fraude.

Quand une sortie atteint un seuil critique d’activité anormale, ses streams sont signalés comme probablement artificiels (les faux positifs ne sont pas courants mais pas impossibles) et la sortie est supprimée par les services de streaming. Avec, donc, une amende pour le maillon de la chaîne juste avant eux (coucou, c’est nous).



2. La frontière entre le Bien et le Mal

Exemple d’une activité de streaming anormale. « OUPS. »



Prenons un exemple concret.
Mais qui est cet artiste tout vilain qui a fraudé ? Je ne vous révèlerai pas son identité. Appelons-le Roberto. Roberto ne pensait pas mal faire :

« Le jour de la sortie de mon titre, j’ai fait appel à une prestataire sur Fiverr pour m’aider à le promouvoir, en pensant que ses méthodes étaient légitimes. Cependant, dès le début de la campagne, j’ai constaté des statistiques très étranges sur Spotify for Artists, ce qui m’a mis la puce à l’oreille. J’ai alors préféré arrêter la collaboration pour éviter toute complication, mais malheureusement, le mal était déjà fait. J’ai d’ailleurs hésité à vous contacter à ce moment-là, mais j’étais gêné par l’état des choses. »
Jusqu’à cet incident, je ne consultais les statistiques de streaming que 2 ou 3 fois par mois. Désormais je suis obligé de regarder chaque jour, notamment les premiers jours après une sortie, pour être certain qu’aucune « bidouille » ne vient gâcher la fête. Dans ce cas précis, la sortie de Roberto avait fait 20 000 streams en 1 jour. Forcément, ça manque de discrétion, et Spotify a grillé direct que c’était une « bidouille ».

« Je suis sincèrement désolé et embarrassé par cette situation. Je n’avais pas l’intention de tricher comme c’est mentionné sur l’article de Spotify que vous m’avez envoyé. Mon but était simplement de promouvoir ma musique, mais je me suis laissé berner. J’avoue que je me sens assez bête, et je vous présente mes excuses pour cela. »
Aucun souci Roberto, tout le monde peut se faire avoir. C’est à moi de faire en sorte que personne ne puisse se faire avoir chez The Queen Is Dead Records, d’où la rédaction de cet article dont le lien figurera directement dans le formulaire de distribution digitale.

« En lisant votre étude de cas, je me rends compte à quel point j’étais naïf dans cette démarche. Mon morceau devait effectivement être soumis à des ‘écoutes ciblées’, ‘7 années d’expériences’, ‘publicités Google PPC ciblées’. »
Les mots rassurants sont parfois aussi des mots qui endorment la vigilance. Maintenant, vous savez !



3. Les conséquences

Les tricheurs perdront tout



Vous avez payé pour avoir des streams, ça a été remarqué, maintenant il faut faire face aux conséquences. Voici les 3 types d’impacts que vous connaîtrez :

• Votre musique sur les plateformes de streaming
– Le site fournisseur de streaming qui a détecté la fraude (Spotify est le plus rapide en la matière) retirera votre sortie immédiatement, sans recours possible
– Votre distributeur digital procédera au retrait préventif de la sortie sur l’intégralité des autres plateformes, sans recours possible

• Votre relation avec votre distributeur digital
– Votre distributeur digital se réserve le droit de ne plus travailler avec vous à l’avenir (ce qui implique des sanctions allant d’une rupture de toute collaboration sans préavis, confiscation de vos gains de streaming, sans remboursements, ni indemnités, jusqu’au retrait de l’intégralité de vos sorties) 
– Vous aurez une amende de 10 USD (dollars américains) par titre mis en cause, à régler immédiatement (ou, selon le distributeur, par prélèvement sur vos gains de streaming s’ils sont d’une valeur égale ou supérieure à la valeur totale de votre amende)

• Votre argent
– Vous avez investi une somme pour rien dans la promotion de votre musique, sa distribution, et vous avez tout perdu : votre sortie n’est même plus présente sur les plateformes de streaming
– Vous devez rembourser votre distributeur digital pour éviter toute sanction supplémentaire touchant vos autres sorties

4. Crispation chez les distributeurs digitaux

a. TUNECORE, le Charles Ingalls de la distribution digitale

Le discours de Tunecore est simple : en cas de fraude, quoi que vous fassiez, c’est mort.

Avant, les distributeurs digitaux facturaient et envoyaient la musique (sans écouter) à la chaîne. Maintenant, avec ce nouveau paramètre de l’amende, il faut rester sur le qui-vive chaque jour, à chaque instant. Distrokid et Tunecore distribuent entre 20 000 et 30 000 titres chaque jour, autant de potentiels de fraude à surveiller… ça donne le vertige.
Dans le cas de Ben Jordan (aka the Flashbulb), Tunecore a juste supprimé toute sa discographie, VINGT-TROIS (23) ALBUMS, du jour au lendemain, sans préavis, pour une fraude qu’il n’avait pas commise. Le gars n’est pourtant pas un petit rigolo, car il avait généré jusque là un demi million de dollars de gains avec le streaming. Ses albums ont été rétablis depuis, merci bien Tunecore, mais en tout cas vous voyez leur approche. Un peu comme Charles Ingalls : on rentre dans le lard d’abord, on discute après.


b. DISTROKID, le donneur de leçon qui finira par se faire pécho

Distrokid se veut plus « éducatif ». Dans le cas de Jonah Baker, qui a plus de 150 millions de streams toutes plateformes confondues, il y a eu une communication sur la notification de Spotify mentionnant des streams artificiels, et un accompagnement l’invitant à retirer lui-même ses morceaux pour éviter la suppression de ses sorties. C’est sympa… dans le fond.
Dans la forme, la démarche infantilisante des pop-ups ( ci-dessus) est pour le moins… cocasse. Pour confirmer avoir bien compris à combien s’élève l’amende qu’on va devoir payer, on nous propose de faire « un peu de maths » en écrivant le résultat que nous trouvons pour l’opération suivante : montant de l’amende pour 1 morceau frauduleux multiplié par le nombre de morceaux concernés. On nous demande même de recopier la phrase « Tous les services de promotion pour Spotify sont des arnaques » dans une case. On imagine Bart Simpson écrire des lignes au tableau.
Un problème de taille risque de se poser pour Distrokid quand Spotify aura poursuivi sa croisade anti-fraude : le service payant de Distrokid permet d’avoir accès à des « coordonnées de milliers de playlists »… Sont-elles toutes organiques ? Si elles sont toutes gérées par des humains, ce n’est pas le problème des bots qui se pose, mais celui de l’accès payant à des playlists qui est également illégal. Beaucoup de ces playlists sont reliées à SubmitHub, plateforme de « promotion » (houla) où des artistes proposent leur musique à des curateurs (mouais) en utilisant des crédits (houla), tantôt gratuits tantôt payants, pour communiquer avec eux. OUPS.
Allô, Spotify ? C’est pour faire un signalement de fraude. Massive.


c. THE QUEEN IS DEAD RECORDS, entre idéalisme et réalisme


Je vous en avais parlé dans l’article « 7 idées reçues sur la distribution digitale » : entre les distributeurs digitaux et les plateformes de streaming, il y a un autre acteur : la société d’édition musicale en charge de la gestion des droits en matière de distribution digitale. Ces structures sont responsables de la transmission des fichiers aux plateformes de streaming, du comptage des lectures, et de la récupération des gains générés par la distribution digitale. Tout ce qui peut se compter, ils le comptent. C’est un travail que les distributeurs digitaux n’ont pas l’habitude d’exécuter seuls, ils doivent faire appel à des interlocuteurs qui sont des experts en gestion des données.
Afin de pouvoir fonctionner en tant que distributeur digital, The Queen Is Dead Records a un deal avec cet intermédiaire, qui n’est pas en mesure de négocier/contester/freiner des demandes de rançon EUH des amendes de Spotify. Et je ne suis moi non plus pas en mesure de négocier/contester/freiner quoi que ce soit venant de cet intermédiaire. Je m’aligne donc forcément sur les directions et possibilités de cet intermédiaire. Je n’ai aucun poids, aucun pouvoir pour courber leurs lignes de conduite. Quand l’amende est présentée, je ne peux me défiler.
Dans le meilleur des cas, je détecte l’activité anormale très tôt, je retire vite le morceau, et il n’y aura pas d’amende. Je dois donc trancher, et c’est facile quand on passe d’une moyenne de 3 streams à 20 000 en un seul jour. Si je ne suis pas assez rapide, alors, contrairement à Distrokid, et malheureusement un peu à la manière d’un Tunecore, pas de sommation : on arrive directement aux sanctions. On retire la sortie, on paye l’amende, et on fait payer l’amende à l’artiste.
Si le musicien est innocent et de bonne foi, je ne pense pas qu’il doive payer l’amende, ni que ce soit à The Queen Is Dead Records de la payer non plus. Comment faire alors ? L’artiste a tout de même le devoir de surveiller sa musique sur Spotify For Artists afin de voir si elle n’est pas ajoutée dans une « playlist de la mort ». Et ça, personne ne pourra le faire à sa place, c’est sa responsabilité. The Queen Is Dead Records, de son côté, n’a pas à subir le poids de l’amende mais cherchera une solution pour représenter la sortie mise en cause et assurer son retour sur les plateformes de streaming, et ça c’est quelque chose que Tunecore et Distrokid ne font pas. The Queen Is Dead Records pourrait donc devenir le refuge des artistes mal-aimés et autres musiciens maudits qui ont vu leur musique bannie par un autre distributeur. #BonSamaritain



5. Vers un futur plus juste


Si vos plages d’écoutes Spotify ressemblent à l’image ci-dessus, arrêtez les bêtises ! Le(s) morceau(x) que votre Spotify lit en boucle risque(nt) d’être retiré(s) et votre artiste préféré aura une amende à payer. Même s’il n’a rien demandé au départ. Car oui, c’est ça le souci : les musiques sont disponibles publiquement sur Spotify, et peuvent donc être écoutées en repeat à outrance (c’est une ville entre Outreau et Coutances), et ajoutées par n’importe qui dans n’importe quelle playlist foireuse. Et si le placement de votre morceau dans une de ces playlists de la mort était purement un acte de malveillance ? Depuis fin 2024, vous pouvez faire un signalement en cas de placement de votre musique sur une playlist frauduleuse, en espérant que vous ne vous y preniez pas trop tard : https://artists.spotify.com/c/fr/playlist-reporter
On l’a bien compris : les services de streaming (et distributeurs) semblent adopter systématiquement le narratif du musicien qui a fauté et dont c’est l’entière responsabilité. C’est un peu dur à encaisser.
Si ces injustices se multiplient, les artistes vont devoir se regrouper en syndicats pour effectuer une pression collective sur les plateformes de streaming pour qu’elles progressent en terme de transparence et équité dans leur gestion des suppressions de musique et donc amendes. On va aussi certainement devoir se tourner vers des solutions plus directes pour atteindre le public. Comme par exemple… le retour du CD ? Ou un autre format ? On aurait des lieux physiques en ville où il y aurait plein de musique en vente au format physique… ça s’appellerait des disquaires !
Blague à part, ce qui a fait le succès de Spotify, Apple Music, Deezer, et tous les fournisseurs de streaming digital, c’est l‘accès instantané à de la musique en streaming via un cloud, ce qui a anéanti les plateformes de téléchargement de musique, qui manquait d’instantanéité. Aujourd’hui tout va vite : on n’a plus le temps de télécharger la musique, les films, les séries, et même les jeux vidéos. On veut en profiter au moment où l’envie de présente, sans latence ni étapes intermédiaires, sans devoir obligatoirement héberger des données dans nos appareils de lecture. Nous sommes la génération du « tout, tout de suite ». Pourquoi avoir accordé autant de pouvoir à des ogres qui nous vendent des abonnements très bas donc accessibles, mais maltraitent autant les artistes ? Nous avions le CD physique, Emule et autres téléchargeurs de torrents, et Spotify est arrivé en sauveur pour nous faire économiser du temps et de l’espace de stockage. Où sont les alternatives depuis 2006 ? Apple Music et Deezer ne comptent pas, ce ne sont pas des alternatives mais des clones.
Il faudrait un système décentralisé, avec des artistes qui reprennent le contrôle des droits de leur musique, distribution comme monétisation, en décidant de leurs propres prix, auxquels les auditeurs adhèrent ou pas. Les musiciens tiendraient eux-mêmes leur profil artiste comme une boutique en ligne à côté des boutiques en ligne d’autres artistes. Ce sont eux qui nous vendraient leur musique au format fichier, stockée dans un cloud personnel dédiée. Et pour toutes les musiques pas achetées, qui resteraient accessibles à l’instar d’un Spotify, il y aurait des mini frais de « location » pour chaque écoute en streaming à partir du cloud général. Finalement, c’est exactement ça qu’il manque à Bandcamp : la mise en commun de toutes ces musiques d’indé dans un seul écosystème d’écoute, plutôt que ces pages cloisonnées avec des fichiers ZIP/RAR à télécharger (trop long donc has been !) et stocker (trop volumineux donc has been !). Le modèle révolutionnaire est là : une décentralisation pour ce qui est de la gestion de la base de données, et une centralisation de cette base de données accessible via un seul outil. Entre innovation et respect des droits des artistes, nous vivrions tous en paix et en harmonie, en mettant les artistes au centre de la chaîne de valeur. Y’a plus qu’à.



The Queen Is Dead Records œuvre à diffuser gratuitement et mettre à disposition de tous des explications, synthèses et vulgarisations de règles dont vous devez non seulement avoir connaissance, mais également appliquer. Attention à vous. Nul n’est censé ignorer la loi. Au-delà du volet des sanctions, gardez en tête que la valeur des chiffres n’a de sens que si elle reflète un véritable engagement. Il semble donc plus judicieux de se concentrer sur des approches authentiques pour construire une audience engagée et durable. Pour cela, vous pouvez compter notamment sur Guil’s Records, et son tout nouvel ouvrage sorti il y a à peine quelques jours : « Le B.A-BA du Musicien Indépendant : Votre Musique mérite plus que le Silence… Et si c’était votre tour de sortir de l’ombre ? »

Je compte sur votre probité. La curiosité est un devoir.


A lire :
– Conditions Générales de Service (The Queen Is Dead Records), 2.III(d)
– SPOTIFY : « Artificial streaming and paid 3rd-party services that guarantee streams – The consequences for using these services« 
– Etude de cas – Payer pour avoir sa musique dans une playlist Spotify
– Achat de faux streams : vouloir aller plus vite vous emmènera ailleurs au final
– Intelligence artificielle et Spotify : pour le payeur et pour le pire
– Takedown Fails: Artists Are Seeing Their Music Removed From DSPs for Streaming Fraud They Didn’t Commit

L.A