J’avais déjà beaucoup trop d’amplis (transistors, lampes, lourds et encombrants, petits et mignons, modélisations, vst…) mais le Pulze Mini de Hotone Audio est vraiment aussi petit que performant. Et le rapport qualité prix est aussi très convaincant (120 €). Alors j’étais obligé de craquer. Mais j’ai une excuse imparable : c’est pour mes cours de guitare.
NB 1 : Ce n’est pas une publication sponsorisée, le propos de l’article reflète à 100% mon avis sincère. NB 2 : La vidéo du test de l’ampli est tout en bas de l’article.
1. Une problématique de poids
Quand on va donner des cours de piano, on n’a pas besoin de prendre l’instrument sur son dos, on utilise celui qui se trouve chez l’élève. Avant que vous ne me disiez que c’est stupide de le préciser, sachez que ce n’est pas une évidence pour tout le monde : j’ai été conseiller pédagogique pendant quelques années, et il n’était pas rare que certains clients demandent si le professeur se déplacerait chez eux avec son propre piano. Même numérique, ça resterait un instrument de plus de 10 kg, et il faudrait un support et de l’espace disponible pour l’installer chez l’élève. Ce n’est pas raisonnable. Les professeurs de piano laissent leur instrument chez eux, et vont donner des cours les mains dans les poches, le coeur léger. Quand on va donner un cours de guitare, il faut se munir d’un instrument : on peut prendre une guitare folk si l’élève possède une classique, ou inversement, ce n’est pas gênant. Quand on travaille les bases, les positions, le rythme, ça n’est pas si important. Quand l’élève gagne en niveau, il devient plus intéressant d’avoir le même type d’instrument que lui, pour pouvoir illustrer son propos avec un instrument similaire à ce qu’il a entre les mains. Mais une guitare électrique implique également un ampli, avec lequel il faut se déplacer chez l’élève. Mon plus petit ampli, c’est un Vox Mini3 G2, de 3 kg (un peu surcôté, les sons ne sont pas très beaux). Notons que j’habite en Île-de-France et que je me déplace en transports en commun (bus, métro, train). Même si cela ne semble pas excessif, ces 3 kg en plus sont toujours 3 kg en trop. La flemme !
2. « Les débutants doivent démarrer avec une guitare classique »
Ma première guitare : évidemment une guitare classique.
Autrefois, je pensais qu’il était plus raisonnable de commencer son parcours d’apprentissage avec une guitare classique, mais j’ai compris qu’il s’agissait plus d’un dogme répandu que d’un véritable principe irréfutable. Alors maintenant, si un élève (adolescent ou adulte) veut démarrer avec une guitare folk ou électrique, pourquoi pas ! (Pour les jeunes enfants aux doigts tendres et à la frustration rapide, je recommande une guitare classique tout de même.) Parmi mes élèves, il y en a une – appelons-la Roberta – qui a démarré avec la guitare classique il y a plusieurs années : – D’abord avec un autre professeur, dans un registre classique : c’est-à-dire que Roberta a travaillé sa guitare classique avec des partitions, donc le style étudié était également classique. – Puis ensuite avec moi, dans un registre folk-rock (toujours avec sa guitare classique), qui lui a donné envie d’avoir d’une guitare électrique (on a travaillé du Radiohead, du Blur, du Jeff Buckley). Un débutant absolu commence souvent avec une guitare classique parce que c’est l’instrument recommandé (vous savez, le dogme !), simple d’utilisation (pas d’ampli nécessaire), facile à jouer (les cordes en nylon sont plus souples et moins douloureuses que les cordes en métal d’une guitare folk) et pas cher. Les goûts et envies s’aiguisent avec le temps, pour un jour faire un choix d’un nouvel instrument en pleine conscience. Le musicien expérimenté sait mieux ce qu’il aime et donc ce qu’il veut être capable de faire sur un instrument.
3. Passer à l’électrique
Le dernier ampli que j’avais acheté, en 2017. « Le der des der ». Non, en fait.
Toutes les techniques de guitare acoustique sont applicables sur guitare électrique, du point de vue du geste. Même si le résultat sonore est très différent, on ne perd pas non plus tous ses points de repère en changeant de type de guitare. Avec Roberta, on va passer par les étapes de compréhension de ce qu’est une guitare électrique en la comparant à une guitare acoustique. Il y a des évidences, mais dont il faut parler tout de même : tirant des cordes, gestion du vibrato, sélection des micros… Le rôle de l’ampli, vital pour la guitare électrique, est aussi déterminant dans la recherche sonore du musicien. Il faut comprendre ce qu’est un son clair, crunchy, saturé, et savoir reconnaître ces aspects quand on écoute activement un morceau. Une fois le vocabulaire en place, on peut mettre en relation le geste sur son instrument avec l’objectif défini par rapport à un morceau de référence ; comprendre ce qu’on entend pour l’intégrer sur sa palette personnelle.
4. Même instrument pour le prof et l’élève ?
Quand on commence la guitare électrique, on commence aussi une collection de pédales.
Roberta est passée à la guitare électrique et va donc laisser tomber sa guitare acoustique. Je me vois donc mal me ramener en cours avec ma guitare folk. Pourtant, c’est exactement ce que je faisais jusque là pour un autre élève, qui ne joue que sur électrique pendant les cours, et pour qui je prenais ma folk jusque là. La différence est qu’il a un niveau très avancé et il est donc envisageable de se comprendre très rapidement sans que je n’aie forcément à faire une démonstration instrumentale dans les mêmes conditions matérielles que lui. On parle essentiellement d’arrangements, et je lui explique les différentes solutions possibles pour qu’il puisse être utile et efficace au sein de son groupe de reprises. Jusqu’à aujourd’hui, c’était plutôt dans le cadre de l’enregistrement chez The Queen Is Dead Records, avec des artistes ayant un projet défini, qu’on travaillait véritablement sur le son, le type d’ampli et les types d’effets. Ce n’est pas une question de principe, mais juste de profils d’élèves que j’ai eus. Pour accompagner cette élève, totalement débutante en électrique, ça a plus de sens de choisir le même instrument. Pour des raisons logistiques, je suis donc obligé d’avoir un ampli, petit si possible ! C’est là que le Pulze Mini de Hotone rend la tâche facile.
Le Pulze Mini fait 370 g et peut se glisser dans n’importe quelle poche, de veste et même de pantalon. Littéralement, ce n’est pas qu’une simple tournure marketing. Son format (125 x 79 x 57 mm) est similaire à celui d’un walkman. Pour ceux qui savent encore ce que c’est. Quand on allume l’ampli, il y a environ 200 presets par défaut, différentes combinaisons d’amplis et effets. J’ai testé la première cinquantaine de presets, ils étaient tous utilisables ! Et puis, bon, vous savez que ça fait déjà 30 ans que c’est démodé de lire les notices. Et c’est seulement lors de mes recherches d’informations complémentaires pour la rédaction de cet article que j’ai compris qu’on peut aller plus loin que ces 200 presets : en se connectant en bluetooth avec son téléphone, l’application « Pulze Editor » permet d’avoir la main sur tous les paramètres, toute la chaîne du son : compression/gate, préampli, ampli, cab, EQ, effets… C’est fort, c’est très très fort. Niveau autonomie, la batterie devrait tenir au moins 4h (estimation pessimiste, car le constructeur parle plutôt de 5h30 à volume moyen et plus de 10h au casque). Fini l’époque des piles (le Vox Mini mangeait des LR6/AA) : sur la tranche, à côté du bouton de volume et du port casque, il y a une entrée USB C. Elle est pas belle, la vie ?
Je vous laisse avec la vidéo du test que j’ai fait quelques instants après la réception du colis. Zéro blabla, juste le son réel du Pulze Mini :
Nul n’est censé ignorer la loi. Toutefois, tout comme Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, il n’est pas impossible que vous soyez mouillé dans une sombre affaire de streaming frauduleux, sans pour autant avoir pris sciemment la décision d’enfreindre la moindre règle. Spotify pourrait très bien vous tomber dessus, sans prévenir. Même si vous êtes innocent, vous serez sanctionné. J’ai identifié 4 scénarios possibles, en playlist ou hors-playlist, qui finissent tous de la même manière (mal pour vous).
1. La fausse promotion
Les prestation de promo-marketing efficaces, rapides et pas chères, ça n’existe pas. Les campagnes de promotion factices pullulent sur les réseaux sociaux. Résistez ! Ces types de services (comme Groover ou d’autres plateformes similaires) promettent souvent un grand nombre d’écoutes rapides, mais il s’agit la plupart du temps d’activités de bots, donc illicites. C’était ce qui avait occasionné la première amende infligée à The Queen Is Dead Records. Quoi qu’il arrive, ne payez jamais pour avoir votre musique dans des playlists.
2. Les playlists contaminées
Pas forcément besoin d’une structure pour un placement en playlist. Qu’elle soit animée de bonnes ou de mauvaises intentions, la personne (peut-être vous-même ?) qui place dans une playlist contaminée par des bots un de vos morceaux le condamne à être repéré par Spotify. La réciproque est également à considérer : une personne malveillante pourrait même aller jusqu’à orienter des bots vers une playlist où se trouve un de vos morceaux.
3. Le fan trop zélé
Même en dehors des playlists, votre musique reste vulnérable. Une écoute isolée intensive d’un admirateur secret monomaniaque (ou de votre pire ennemi) peut vous causer du tort si cet utilisateur de Spotify fait tourner vos morceaux en boucle, jour et nuit, afin de faire grimper vos streams. La concentration géographique du flux attire forcément l’attention de l’algorithme de Spotify. Certaines écoutes massives mais sincères ont été interprétées comme une fraude à cause d’un pic brutal.
4. Le complot algorithmique
Aucun fan ? Aucun ennemi ? Aucun placement en playlist ? Aucun accord pour une campagne de promotion ? La dernière piste qu’il resterait, c’est tout simplement une « attaque sous faux drapeau ». Simple hypothèse : Spotify pourrait s’en prendre à vous avec sa propre armée de bots pour gonfler les chiffres et justifier ses sanctions. On l’a vu dans le dernier article du blog, Spotify ment, triche, et vole déjà les petits artistes (qui n’atteignent pas les 1000 streams par an). Serions-nous vraiment surpris ?
5. Quelles conséquences ?
M’appuyant sur une base d’une dizaine de cas observés depuis un an, j’ai pu découvrir sur le terrain les pratiques de Spotify en matière de sanctions. Tant que le flux d’écoute ne dépasse pas 1000 streams sur un même jour, il n’y a pas de risque immédiat. Attention si c’est récurrent. En revanche, dès que l’on franchit la barre des 2000 streams, j’ai constaté que les amendes tombaient systématiquement. Spotify applique une amende de 10 € par titre concerné, avec annulation des gains générés par les streams. Souvent, cette sanction est accompagnée du retrait de la sortie. En cas de détections de multiples fraudes, Spotify peut retirer la sortie, voire supprimer un artiste avec toute sa discographie. Ces actions punitives de Spotify sont pratiquement impossibles à esquiver (pour le moment).
6. Quelles solutions ?
Si vous connaissez la playlist qui serait la cause de tous vos malheurs, vous pouvez la signaler icidans l’espoir de peut-être faire rétropédaler Spotify et annuler l’amende. The Queen Is Dead Records avance le paiement de l’amende d’abord avant d’en discuter avec l’artiste. Si l’artiste accepte le règlement de l’amende, je m’engage àrenvoyer la sortie, si celle-ci a été retirée par Spotify, sans surcoût. Le morceau incriminé devra alors bénéficier d’un nouveau code ISRC, pour éviter que le « red flag » de Spotify ne se réactive. Les statistiques seraient remises à zéro, mais le titre redeviendrait disponible. Si l’artiste refuse le paiement de l’amende, The Queen Is Dead Records se réserve le droit de ne plus travailler avec lui. Si l’artiste refuse de régulariser une deuxième amende, The Queen Is Dead Records se réserve le droit de retirer sa musique des plateformes de streaming, afin de ne plus générer de nouvelles amendes (c’est logique).
Vous n’avez pas encore été touché ? Vous avez de la chance. Mais ça n’arrive pas qu’aux autres. Voici quelques extraits de mails d’artistes touchés par la détection de Spotify : « C’est hyper difficile de contacter Groover, je suis toujours en attente. On arrive seulement sur un chat d’IA qui n’apporte pas de réponses. Du coup, c’est tout une histoire, je dois me repencher sur tous les partages qui ont été faits, et me replonger dans tous les retours Groover qui pour certains ont été douloureux et injustes. » « En tout cas ça m’étonne, car je n’ai pas fait de campagne groover, et je n’ai pas cherché non plus à être placée en playlist… » « J’ai regardé et c’est frauduleux : ce n’est ni un service que j’ai payé, ni un admirateur. Le lendemain j’ai voulu regarder le compte qui avait fait ça et il n’existait déjà plus, Spotify a dû le supprimer. Comment se prémunir de ceci ? » Et si le plus simple n’était pas tout simplement d’éviter Spotify ?
Je me pose des questions sur l’avenir de nos engagements avec Spotify, en tant qu’auditeurs / clients et en tant qu’artistes / partenaires. Toutes les entreprises « dans le coup » l’annoncent fièrement sur Linkedin, et dans leurs affichages publicitaires sur les réseaux sociaux : ils travaillent avec de l’intelligence artificielle, évidemment, car ils sont à la pointe de la technologie ! Spotify entretient une relation pour le moins contradictoire avec l’intelligence artificielle. Selon qu’elle serve ou pas les intérêts de l’entreprise de Daniel Ek, elle est tantôt célébrée et érigée en véritable alliée, tantôt diabolisée et considérée comme l’ennemi numéro un. Quand on fait la synthèse de la position du géant du streaming, on se rend compte d’une chose : Spotify semble ne pas se battre pour une meilleure intelligence artificielle « mieux » utilisée (d’un point de vue éthique), mais contre les artistes de sa plateforme.
1. Spotify et Deezer : deux conceptions différentes de la transparence
Contrairement à Deezer, qui affiche déjà de manière voyante (voir capture d’écran ci-dessus) des mentions d’usage d’intelligence artificielle détectée par son outil (fiable à 98% selon Alexis Lanternier, patron de Deezer), Spotify semble vouloir conserver un peu plus de discrétion, en considérant que ces mentions sont la responsabilité des artistes qui doivent décider de révéler (ou non) si de l’IA a été utilisée pour leur musique (comme on peut le faire pour des posts sur Instagram) et pour quel usage précis, de la même manière que des crédits qui permettent de nommer autant le joueur de triangle que l’ingénieur mastering. Mais, les artistes le savent, les crédits ne sont pas tous obligatoires (il y en a de plus en plus qui sont demandés, cependant), et surtout ne sont jamais contrôlés. Vous pouvez noter « Brigitte Macron » en tant qu’ingénieur du son responsable du mixage de n’importe quel morceau, sans que Spotify vous demande la moindre preuve qu’il ne s’agit pas d’un troll. Si on peut créditer Brigitte Macron, on peut mentir sur l’usage d’IA. On peut aussi décider que l’absence de mention IA n’est pas scandaleuse si l’on considère cette dernière utilisée avec parcimonie ou de manière peu impactante d’un point de vue artistique. On peut aussi « oublier » d’évoquer la participation d’un IA dans le processus de création. Les seuls abus en matière de « crédit » qui sont contrôlés et sanctionnés, ce sont les faux duos : des artistes sortent leur musique en y ajoutant d’autres artistes primaires ou des « feat » avec des artistes connus, pour tenter de squatter les profils de superstars et faire la promotion de leur musique avec un maximum de visibilité… et un minimum d’intégrité.
2. Intelligence artificielle = mauvaise musique = peu de streams ?
Consensus : la mauvaise IA, c’est la contrefaçon avec des voix d’artistes connus
Spotify ne se présente pas comme « anti-IA » et ne souhaite pas « punir les artistes qui se servent de l’IA de façon authentique et responsable » a déclaré Charlie Hellman (un mec d’enfer), responsable de la stratégie pour la branche musique. Spotify dit vouloir s’attaquer aux « acteurs malveillants« . Hormis le vol pur et simple d’œuvres et de voix (comme par exemple un Freddie Mercury qui chante « My Heart Will Go On »), comment détecter un morceau original qui ne serait qu’une création d’IA ? Sam Duboff, responsable marketing et politique de la branche musique de Spotify, nous rassure : la plupart des morceaux créés par IA n’atteindront probablement jamais les 1000 streams. Et oui, « quand la musique ne demande pas beaucoup d’efforts à créer, elle tend à être de mauvaise qualité et ne trouve pas de public ». Euh… Pardon ? Ici, Sam Duboff ment (ou se trompe ?) deux fois : • Premièrement, ce n’est jamais la qualité artistique à elle seule qui est moteur d’un succès, mais toujours l’exposition : Spotify en sait quelque chose car c’est LA plateforme où l’on paye pour faire figurer sa musique dans des playlists (encore une interdiction formelle de Spotify que Spotify laisse pourtant passer – ils ne sont pas à une incohérence près). • Deuxièmement, la musique de bonne qualité ne prend pas forcément plus de temps à son créateur que de la musique « de moins bonne qualité » : prenez l’exemple de la légende urbaine selon laquelle Picasso avait fait un dessin sur une nappe, et le serveur lui dit « tu peux me donner ton dessin, il ne vaut rien, il t’a pris seulement 30 secondes« , et Pablo lui répondit « pas 30 secondes, mais toute une vie de travail pour réaliser ça en 30 secondes ». On ne mesure pas la qualité d’une œuvre au temps pris pour la réaliser et, même si la qualité intrinsèque de votre musique compte, elle sera toujours dépassée par les musiques moins brillantes mais mieux soutenus par des stratégies de promotion. On peut même aller jusqu’à dire que c’est avant tout le marketing qui façonne des succès.
3. Spotify, victime et complice
Presque 3 mois après le scandale, The Velvet Sundown est toujours sur Spotify.
On a vu précédemment que Spotify n’aimait pas les musiques full IA qui « de toute façon ne font pas beaucoup de streams ». Sauf des fois, en fait. Le groupe The Velvet Sundown est une création totalement artificielle, tout comme ses morceaux qui comptabilisent aujourd’hui plusieurs centaines de milliers, voire plusieurs millions de streams, sur Spotify. Ô surprise, l’équation IA = mauvaise musique = peu de streams n’était pas bonne ! A ce propos, Spotify avait répondu, par l’intermédiaire de ce bon vieux Sam Duboff : « Ce cas a mis en lumière nos failles en matière de transparence ». Qui dit « failles » dit fraude. Donc d’après Spotify, The Velvet Sundown représente le type d’artistes qu’ils veulent combattre et qui ne font pas un usage « authentique et responsable » de l’IA. Petit problème : depuis le scandale révélé début juillet 2025, The Velvet Sundown est toujours disponible sur Spotify (à l’heure où j’écris ces lignes, le 8 octobre 2025), alors qu’il s’agit d’un groupe fictif qui a utilisé Suno. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est l’outil d’analyse français Ircam Amplify. Mais alors que fait Spotify ? Il supprime 75 millions de titres jugés « problématiques », mais pas ceux de The Velvet Sundown. Pourquoi ? On connaît Spotify. Pour la plateforme, le succès (un grand nombre de streams) confère de la légitimité. En effet, souvenez-vous de leur décision de ne plus rémunérer les morceaux qui font moins de 1000 écoutes dans l’année. Cette mesure, d’ailleurs, devait en théorie empêcher les contenus IA de générer le moindre euro, car selon Sam Duboff « l’audience de l’IA est un petit pourcentage d’écoutes ». Sauf les exceptions, donc. Le tableau semble de moins en moins équivoque : avec Spotify, ceux qui brassent de l’argent ont toujours raison, ont tous les droits, et ne sont pas sujets aux mêmes règles que les petits, qui sont même parfois accusés à tort, et ce de plus en plus souvent.
L’intelligence artificielle fait de la musique, mais pas que. L’intelligence artificielle fait aussi la police contre le streaming artificiel : les bots de Spotify n’aiment pas les bots qui « écoutent » la musique sur Spotify pour faire monter artificiellement le nombre de streams de certains morceaux (procédé du « farming »). Dans Terminator, ce sont surtout les humains qui trinquent. Avec Spotify, quand il y a des écoutes réalisées par des bots, ce sont les artistes qui trinquent : pas tous coupables, mais tous punis. Il y a des comportements de streams qui attirent l’attention des Schwarzies de la cyber-musique. L’armée de robots de Spotify punit, sans sommation, et inflige aux artistes, et uniquement aux artistes, des amendes de 10 € par titre jugé frauduleux (en théorie), sans aucune défense envisageable : aussitôt jugé, aussitôt condamné. Chez The Queen Is Dead Records, il y a eu à ce jour 2 cas de fraudes pour des artistes. Le premier cas, c’est un artiste qui croyait vraiment payer pour des opérations de promotion d’un organisme qui a juste fait du farming pour gonfler déraisonnablement les chiffres d’un morceau : 0 stream, puis 20 000 streams le lendemain, et enfin 0 stream le surlendemain. Clairement un pic frauduleux. Impossible de contester qu’il s’agit de streams non-organiques. Au-delà de l’amende, c’est une stratégie qui ne sert à rien. Le deuxième cas, c’est un artiste qui s’est retrouvé sur des playlists après être passé par Groover, qui prétend également être une entreprise de promotion. Son slogan : « Promote your music with results ». Une entreprise qui vous assure des résultats ne peut donc pas vous décevoir ! En même temps, s’il y avait 100% de succès pour tous les artistes qui sont passés par eux, il n’y aurait plus que des superstars dans l’industrie. Avec Groover, vous payez pour être écouté et avoir des commentaires plus ou moins pertinents (et qui semblent parfois même être des copiés-collés), et finir dans des playlists avec des gros chiffres de lectures, mais petit problème : les écoutes de ces playlists ne sont pas assurées d’être organiques. L’artiste en question n’a pas réussi à obtenir des réponses de la part de Groover pris la main dans le sac, évidemment. Pour ce deuxième cas, aucune amende n’a été infligée, probablement car la fraude n’avait pas atteint les 2000 streams sur 3 jours. Je suppose. On n’a aucune idée des règles d’amendes de Spotify, elles ne sont écrites nulle part. Comme pour beaucoup d’autres procédures, j’essaye de les déduire par l’expérience et vous les présenter dans ce blog.
5. Le Grand Remplacement (musical)
Dans le livre « Mood Machine », la journaliste Liz Pelly évoque un programme qui se prépare chez Spotify : le développement de faux artistes créés par intelligence artificielle qui gangrèneraient la plateforme avec des morceaux créés par intelligence artificielle, pour submerger et noyer les artistes organiques qui devront partager leurs revenus avec des faux artistes derrière lesquels se cacheraient des complices de Spotify, voire des agents de la plateforme, qui seraient poussés par les algorithmes et les playlists « maison ». Ça fait peur. Ce n’est pas un complot imaginé cet été, après la révélation de la supercherie « The Velvet Sundown ». C’est le fruit d’une enquête dont il était déjà question dans un article du Monde sortie en janvier 2025. Selon les personnes interrogées par la journaliste, parmi lesquelles d’anciens employés de Spotify, l’idée est que l’auditeur moyen serait incapable de faire la différence entre un vrai morceau produit par un artiste et un morceau généré par intelligence artificielle. Alors pourquoi Spotify se priverait-il ? Avec la règle des 1000 streams par an impératifs pour être rémunérés, Spotify cherchait à faire des économies sur le dos des petits artistes indépendants, majoritaires, qui percevaient peu d’argent individuellement, mais énormément si l’on cumule les dizaines de millions de morceaux qui rapportaient quelques centimes chacun. En anéantissant cette tranche du marché, Spotify compte faire environ 40 millions de dollas d’économie. Avec pour but de faire retransiter cet argent vers ceux qui le « méritent » : les artistes professionnels et émergents. Et pourquoi pas Daniel Ek lui-même, qui sait ? Il pourrait se mettre à Suno aussi. Avec l’avènement des faux artistes, on comprend la cible suivante : les artistes indépendants de moyenne envergure et ceux dans des petits labels sans accords commerciaux avec Spotify. Tout ce beau monde se fera couper l’herbe sous le pied en investissant un budget dans la production et la promotion, alors que les faux artistes ne coûter(ai)ent à Spotify qu’un abonnement à Suno, et ils seraient automatiquement mis en avant sur Spotify par la plateforme elle-même. A la fin, il ne restera plus que les artistes des Majors (que Spotify paye comme s’ils étaient des salariés et pas en fonction du nombre réel de streams) et les faux artistes de Spotify (qui serviront à remplir les caisses pour payer ces artistes des Majors). C’est chouette hein ? Aucun problème de conflits d’intérêt.
6. La Tragique Histoire du docteur Faust revisitée
Dans ses dernières conditions générales, Spotify annonce que, lorsque vous distribuez votre musique sur sa plateforme, vous lui accordez « une licence non exclusive transférable, pouvant donner lieu à une sous-licence, libre de droits, entièrement payée, irrévocable et mondiale pour reproduire, rendre disponible, exécuter et afficher, traduire, modifier, créer des œuvres dérivées, distribuer et utiliser de toute autre manière un tel Contenu utilisateur par le biais de tout support, seul ou en combinaison avec d’autres Contenus ou supports, de quelque manière que ce soit et par tout moyen, méthode ou technologie que ce soit, déjà connus ou créés ultérieurement, en relation avec le Service Spotify. Le cas échéant et dans la mesure permise par la loi applicable, vous acceptez également de renoncer à, et de ne pas vous prévaloir de tout << droit moral >> ou droit équivalent, tel que votre droit d’être identifié comme l’auteur de tout Contenu utilisateur, y compris les commentaires, et votre droit à vous opposer à un traitement dérogatoire de ce Contenu utilisateur. » Des œuvres dérivées pourraient être des medleys (c’est mignon), des reprises (ça commence à être gênant), des remixes, des samplings, ou bien encore, puisqu’il est question ici de technologie par forcément déjà connue, d’intégration de votre musique dans la moulinette d’une intelligence artificielle qui s’inspirerait de votre musique pour créer de nouvelles œuvres, dérivées de votre musique donc. Vous voulez ça ? Si vous distribuez votre musique sur Spotify, alors vous confirmez votre accord pour ça. Vous êtes pragmatique et vous voulez que votre musique reste sur Spotify, je comprends. Êtes-vous prêt à tout accepter, est-ce que le jeu en vaut la chandelle (Larmina) ? Le langage juridique, bien que se voulant précis, offre toujours une possibilité de multiples d’interprétations. Les généralités présentées dans le Spotify sont peu précises, et on pourrait facilement être soit endormi par le jargon technique, soit inquiet voire anxieux à la lecture de ce que tous ces termes impliquent comme possibilités pour Spotify, et interdictions pour les artistes. On savait que, de facto, Spotify a « besoin » d’obtenir des droits pour traiter les morceaux en les modifiant (pour notamment des conversions de formats de fichiers et des ajustements de volume). Avec cette mise à jour, Spotify a prévu des conditions générales qui leur me permettront l’utilisation des morceaux transmis pour entraîner des intelligences artificielles (les siennes, peut-être celles de structures tierces). Les preuves ? Il n’y en a pas pour l’instant. Seulement des témoignages. Mais si je disais qu’à partir de maintenant j’ai le droit de voler vos yaourts qui sont dans votre frigo, c’est que je souhaite voler ces yaourts dans votre frigo : même si je n’ai encore rien fait, j’ai mis en place le cadre qui favorise mon méfait. Je volerai vos yaourts dans votre frigo et, même si tout le monde connaissait mon intention, ça restera juste une intime conviction collective tant qu’il n’y aura pas de preuves. Et je vous traiterai de complotistes pour embrouiller tout le monde et clôturer l’histoire.
7. Peut-on se passer de Spotify ?
Source : Reddit Pour trouver les rémunérations d’artistes, certains blogs se contentent de multiplier le nombre de streams par la moyenne de rémunération du stream, or les grands artistes en maison de disque bénéficient d’accords spéciaux leur assurant une rémunération minimum quel que soit le nombre de streams.
Il y a quelques jours, j’ai échangé avec un artiste au sujet de la distribution digitale de sa musique sur Spotify. Il a pris la décision de faire sans Spotify. En 2025, c’est un acte révolutionnaire. Depuis 15 ans, on cite Spotify comme la référence : on ne demande pas à un artiste si sa musique est sur les plateformes de streaming, mais plutôt « ta musique est sur Spotify ? » parce que tout le monde est sur Spotify. D’autres artistes axent déjà leur communication en mentionnant Deezer, ont une partie de leur public sur cette plateforme, et obtiennent des résultats surréalistes en matière de rapport nombre de streams / rémunération. Voici un exemple pour un premier album d’un groupe français : • Deezer : 5500 streams, 34 € (moyenne de 0,006 € / stream) • Spotify : 16000 streams, 10 € (moyenne de 0,0006 € / stream) 95% de l’intégralité des streams viennent de France, donc la localisation des auditeurs ne compte pas. Si le stream Deezer paye davantage, c’est probablement par son approche « user centric », différente du « market centric » de Spotify. De quoi ça parle ? Un rapport de Jean-Philippe Thiellay du Centre National de la Musique, « User centric vs Market centric« , explique ceci : « Les deux logiques sont très différentes : le user centric trace la consommation de l’utilisateur et répartit la redevance issue de son abonnement entre ayants droit des titres qu’il écoute ; le market centric considère l’abonnement davantage comme un droit d’accès à une discothèque universelle, versé dans un « pot commun » réparti entre ayants droit, en fonction de l’audience globale des titres par marché. De fait, dans ce système, les redevances issues d’un utilisateur peuvent contribuer à rémunérer des artistes qu’il n’écoute pas… » Chez Spotify et Deezer, environ 75% du prix de l’abonnement mensuel est dédié à la rémunération des artistes (le reste, ce sont des frais de fonctionnement de la plateforme). Pour 12 €, on est en théorie à 9 € de « pouvoir de rémunération » par auditeur. Avec Spotify, l’activité d’un auditeur unique est noyée dans les milliards de streams des 700 millions de ses utilisateurs (environ un tiers sont des abonnés premium). Ce n’est pas la proportion de ce que vous écoutez par rapport à votre pouvoir de rémunération qui est pris en compte, mais la proportion de ce que la planète entière a écouté par rapport au cumul des pouvoir de rémunération de tous les abonnés. C’est un pourcentage des écoutes mondiales (avec des variations des rémunérations selon des paramètres comme par exemple le pays d’écoute) qui est calculé pour partager un immense gâteau de rémunération en parts proportionnelles au nombre de streams (en excluant tous les petits artistes dont les morceaux font moins de 1000 streams par an, vous vous souvenez). Ce modèle, « market-centric » à la sauce de Spotify (sans pitié avec les petits), est très intéressant pour les artistes populaires qui ont énormément d’auditeurs. Et ce sont ceux-là que préfère Spotify. Avec Deezer, si un auditeur n’écoute qu’un seul artiste dans le mois, ce dernier récupérera l’intégralité de ce pouvoir de rémunération. Si on pousse la logique jusqu’au bout, alors écouter un seul morceau, une fois dans le mois, rapporterait 9 € à l’artiste (à partager avec d’éventuels ayants droit). Ce qui reviendrait donc à un stream qui rapporte 10 €. Imbattable ! Bon, personne ne paye un abonnement mensuel pour écouter un seul morceau par mois, c’est vrai. Mais vous aurez compris que cette règle du jeu est très profitable aux petits artistes pour qui chaque auditeur compte. C’est le modèle « user-centric », qui donne véritablement le pouvoir à chaque auditeur de littéralement attribuer son pouvoir de rémunération uniquement aux artistes qu’il écoute. C’est paradoxalement moins égalitaire que le market-centric, mais plus juste en terme de mérite économique.
8. Mon histoire avec Spotify
2006 : tout nouveau, tout beau, simple et efficace.
En tant qu’auditeur, j’étais ravi de Spotify. J’ai beaucoup aimé découvrir Spotify en été 2006. Cette plateforme a changé ma vie et a participé à mon épanouissement culturel, et j’y suis donc forcément très attaché. J’ai dévoré des heures de musique, dans mon petit appartement brestois, devant mes modestes petites enceintes Logitech. Spotify est devenu une partie de moi, une vitrine où j’ai rangé tout ce que j’aimais, et un outil qui m’a permis des premières écoutes d’œuvres qui m’ont transformé. Fini le piratage avec eMule et Limewire pour découvrir un album et décider si je veux l’acheter ou pas. Tout était bien rangé et immédiatement disponible, facile d’accès, mais n’en demeurait pas moins précieux. En 2006, certains morceaux que j’aimais n’étaient que sur Spotify. A l’époque, Youtube n’était pas encore la banque de données musicale que nous connaissons aujourd’hui. En tant que musicien, y voir ma musique, « parmi les grands », était émouvant. Quand j’ai démarré le label The Queen Is Dead Records en 2015, j’avais en moi un élan de rébellion : pour la liberté, pour la musique, pour les artistes. Quand on a un projet musical, tout est cher, tout est difficile, tout est hors d’atteinte, tout est décourageant. Et j’ai décidé de partager mon optimisme et mon savoir-faire avec des artistes qui font de la musique qui me touche. Après avoir confectionné leur musique, on la met sur Spotify, c’est le joyeux rituel qui clôture l’étape de production. On se fiche totalement des gains du streaming, qui sont dérisoires, anecdotiques, mais dont chaque euro mérité rappelle les heures de travail, l’excitation de l’artisanat, et la délivrance mélancolique d’avoir obtenu un résultat final au-delà des espérances. Depuis septembre 2021, The Queen Is Dead Records propose un service de distribution digitale à tous les artistes, plus seulement ceux du label, et j’ai plongé dans l’industrie d’une manière encore plus intensive. En tant que distributeur digital, les pratiques de Spotify me font de plus en plus… soupirer : les amendes infligées aux musiciens sans possibilité de faire appel, la démonétisation des musiques pas suffisamment écoutées, l’hypocrisie de la tolérance des paiements pour les placements en playlists, le deux poids- deux mesures quand il s’agit de faire appliquer des règles aux petits ou grands artistes, les mensonges autour de l’intelligence artificielle…
Après avoir lu cet article, vous avez maintenant toutes les cartes en main pour faire votre choix en connaissance de cause. Deux chemins s’offrent à vous : une visibilité maximale pour toucher le maximum d’auditeurs ou un engagement en faveur d’une répartition plus juste et pour davantage de justice. Ce dilemme est juste la transposition dans l’industrie musicale d’une question plus large : sommes-nous prêts à troquer quelques espoirs sociaux et conforts matérialistes contre une liberté morale peut-être utopique mais nécessaire ? Si Spotify vous a déçu, vous pouvez quitter la plateforme. Vous perdrez sans doute un peu de visibilité, mais vous pouvez compenser en valorisant activement votre musique sur Qobuz ou Deezer, pour ne citer que nos plateformes françaises, qui rémunèrent plus. Expliquez-le à votre public : chaque écoute est un acte économique. Payer, c’est subventionner ; nous finançons ce que nous voulons voir survivre et grandir. Si vous choisissez de rester sur Spotify pour préserver vos auditeurs, vous aurez fait passer l’économie avant l’éthique. Peut-être par pragmatisme, peut-être en attendant une alternative. Mais souvenez-vous : tant que nous restons dépendants du système que nous dénonçons, il ne changera pas. Les petits artistes s’appauvrissent et les intelligences artificielles prennent le relais. C’est peut-être le signal qu’il nous faut : être déclarés « négligeables » nous libère du regard des plateformes. Reprenons notre liberté, et construisons un autre paradigme. Nous avons besoin d’une émulation collective, d’en parler entre nous et autour de nous, agir, expérimenter. Si nous attendons la révolution pour devenir révolutionnaire, il se pourrait qu’il n’y ait aucune révolution, jamais. Pour le moment, distribuer sa musique sur Spotify restera possible avec The Queen Is Dead Records. Dans la toute dernière mise à jour du formulaire de distribution digitale, vous pourrez désormais préciser si vous le souhaitez ou non.
A suivre.
L.A.
PS (25/10/2025) : Désormais, chez The Queen Is Dead Records, les artistes peuvent choisir d’exclure Spotify de la distribution digitale de leurs sorties. Le logo Spotify restera affiché sur les pages de sortie, mais le lien mènera vers une page spéciale indiquant qu’il s’agit d’un choix de l’artiste. Cette page comportera également un lien vers cet article du blog expliquant les raisons pour lesquelles quitter Spotify peut être une décision pertinente. L’EP « Ash & Rose » de Nathalie Bernard & Hectory est la première sortie à s’inscrire dans cette initiative spéciale.